L'entrée dans une ère post-factuelle a transformé notre rapport au savoir, à sa production, à sa diffusion et à sa valeur. Il importe donc de jeter un regard actuel sur les enjeux de l'épistémologie et de la liberté universitaire afin de réfléchir, collectivement, à l'évolution du secteur de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Cette présentation est basée sur une expérience d’enseignement à l’Université Grenoble Alpes en France auprès d’étudiant.es en Master (Graduate Studies) qui se destinent à devenir enseignant.es. L’objectif du cours « production et circulation des savoirs scientifiques » est de renforcer la réflexivité des étudiant.es concernant leur rapport aux savoirs scientifiques et scolaires dans leur (future) pratique enseignante. Pour cela, le cours explicite quels sont les facteurs et acteurs qui participent à rendre un savoir légitime dans le champ académique. Puis nous abordons les dynamiques de production/circulation/(dé)légitimation des savoirs scientifiques en géographie et en sciences sociales dans différentes sphères (académique/scolaire/débat public). Différentes modalités de pédagogies actives ont ainsi été testées afin de réfléchir à la production des savoirs dans une visée d’autonomie professionnelle.
L’adoption de la Loi sur la liberté académique dans le milieu universitaire (Loi 32) en 2022 a formalisé juridiquement une reconnaissance formelle de la liberté académique au Québec. Toutefois, en limitant explicitement son application aux universités, la loi laisse l’ordre collégial en marge de cette protection, malgré son intégration politique et juridique à l’enseignement supérieur. Notre communication porte sur les conséquences de cette mise à l’écart sur la production, la diffusion et la reconnaissance des savoirs produits au sein de l’ordre collégial au Québec. Les professeurs du collégial se sentent-ils à l’aise de construire de la connaissance, de la diffuser et de participer à des débats publics? Se sentent-ils à l’aise d’aborder toutes les thématiques en classe?
Nous avons animé 19 entretiens auprès de membres du personnel enseignant des ordres collégial et universitaire, ainsi que des professionnelles et professionnels du réseau collégial. Nous avons également analysé 41 mémoires déposés à la Commission Cloutier et conventions collectives collégiales. Finalement, nous avons tenu compte de 40 entretiens individuels et de deux entretiens de groupe animés provenant d’une autre démarche portant sur l’avenir du collégial au Canada et que nous avons analysés à titre de données secondaires (Lapointe et al., 2023).
Nos analyses mettent en lumière une protection de la liberté académique à géométrie variable selon les établissements, largement tributaire des conventions collectives locales. En l’absence d’un cadre législatif commun, est ressorti un risque d’autocensure en recherche et en enseignement, un risque de délaissement de la recherche (qui n’est pas obligatoire au collégial), ainsi qu’un risque associé au manque de reconnaissance de la recherche au collégial.
Notre présentation de nature théorique, tentera de dégager ce que l’herméneutique – essentiellement celles de Gadamer et de Ricoeur – peut apporter à la réflexion sur la liberté académique. Pour ce faire, nous ferons un rapide détour par la conception de l’épistémologie qu’a développé l’herméneutique, notamment par les concepts de compréhension, d’interprétation et de Bildung. Nous verrons alors que l’herméneutique conduit à penser la liberté académique sous des angles distincts mais interreliés : tradition, dialogue et liberté de comprendre pour Gadamer et distanciation, pluralité et responsabilité pour Ricoeur. Il sera alors possible de dégager les liens essentiels que l’herméneutique met en évidence entre la liberté académique, l’épistémologie et l’éthique de la recherche et l’enseignement.
La recherche de la vérité suppose une liberté de penser sans contraintes. L'expression publique de ces vérités ne peut être entravée par des contraintes idéologiques, politiques ou religieuses. L’université étant le lieu spécifique de la recherche de la vérité dans tous les domaines du savoir, les membres de cette institution doivent pouvoir être protégés de toute tentative d’intimidation ou de pression visant à empêcher l’expression argumentée d’une théorie ou d’un fait confirmé par des méthodes généralement admises au sein de la communauté scientifique d’appartenance. Il en va différemment de la recherche industrielle ou gouvernementale, lesquelles sont soumises aux priorités et aux contraintes de ces institutions. Cette idée que la mission de l’université et la liberté de penser sont inséparables est déjà visible dès la création des premières facultés de philosophie en Europe au 13e siècle.
Tenter de créer du sens autour de la liberté académique est une tâche difficile. Voire impossible (et c'est bien ainsi). Au mieux, nous pouvons créer un narratif, un argumentaire que nous essayerons de rendre vrai. Mais qu'arrive-t-il lorsque l'on arrête de vouloir dire vrai ? Nous vivons à l'intérieur d'histoires que l'on croit (ou pas). J'appelle ces histoires des Making-Sense-Stories (MSS). Ces MSS façonnent notre perception de la réalité tout en la transformant. Les MSS qui entourent la liberté académique sont multiples et jouent un rôle important sur l'accès aux ressources (comme dirait Bourdieu) et sur la façon dont nous entrons en relation avec la réalité. Alors que pouvons-nous en dire ? Qu'elle est l'enjeu pour les MSS alternatifs ? Et que peux dire l'IA ?
Trop souvent, la liberté académique est présentée comme un privilège professionnel des professeur-es d’université qui leur permettrait d'éviter toute forme d’imputabilité et ne se voir imposer aucune limite dans le cadre de leur travail. Au-delà de ce cliché caricatural, cette garantie fondamentale est en fait co-substantielle à la capacité des membres des nombreuses communautés universitaires à réaliser la mission d’intérêt public des institutions au sein desquelles ils et elles œuvrent et ne se limite pas à sa seule composante individuelle. L’adoption récente de la loi sur la liberté académique et la protection qu’elle accorde aux deux volets - institutionnel et individuel - de protection de cette même liberté constitue à la fois un vecteur de promesses et de défis importants dans l’écosystème universitaire actuel, marqué par une tendance lourde à la managérialisation des rapports à l’intérieur des universités.
L’adoption de la Loi sur la liberté académique dans le milieu universitaire en 2022 marque un tournant important dans le régime juridique protégeant la liberté académique au Québec. Jusqu’alors protégée - à des degrés variables - par des conventions collectives de professeur·es, la liberté académique est désormais un droit consacré dans une loi d’ordre public. Ce droit est en tension avec le devoir de loyauté en vertu duquel les salarié·es doivent s’abstenir de critiquer publiquement leur employeur. Lors de cette conférence, le professeur Makela explore cette tension entre liberté académique et devoir de loyauté en explorant deux hypothèses complémentaires à l’aide de décisions rendues par les tribunaux. Selon la première hypothèse, le devoir de loyauté devrait recevoir une interprétation spécifique au contexte universitaire. Suivant cette interprétation, la loyauté des professeur·es devrait être envers leur établissement à titre d’institution universitaire plutôt qu’envers sa direction en tant qu’employeur. Selon la deuxième hypothèse, la liberté académique des professeur·es devrait tout simplement prévaloir sur leur devoir de loyauté.
Les missions des universités, des cégeps et des collèges québécois proposent de manière explicite et implicite le devoir de produire et de transmettre des connaissances et de l’expertise. Elles forment un corpus de certitudes orientant, jusqu’à preuve du contraire, les actions et les décisions de ceux et celles qui choisissent d’être guidés, majoritairement, par les explications rationnelles. Dans cette perspective, l’impératif épistémique de notre profession n’impose-t-il pas un certain nombre de conditions ? Les exigences épistémologiques et méthodologiques de production des connaissances paraissent évidentes. Cela dit, parmi ces conditions, une seule assure l’expression de toutes les autres : celle de la liberté académique ! Dans le cadre de cette conférence, j’articulerai les liens de suffisance et de nécessité entre la mission des établissements de l’Enseignement supérieur, les obligations épistémiques et la liberté académique.
Bien que la notion d’expertise n’apparaisse pas explicitement dans la Loi sur la liberté académique dans le milieu universitaire et ne soit pas centrale dans le champ de l’épistémologie, il n’en demeure pas moins qu’elle s’invite souvent dans les conversations sur ces deux thèmes : qui sont les personnes considérées comme expertes dans divers contextes associés à la production de savoirs? S’aventurer hors de son champ d’expertise devrait-il, ou non, changer quelque chose au moment de déterminer si des propos ou actions s’inscrivent dans les limites de la liberté académique? Qui devrait pouvoir statuer sur les frontières du champ d’expertise d’autres personnes? Qui sont les personnes considérées comme expertes ou pouvant produire une expertise lorsque des désaccords surviennent autour des conditions d’exercice de la liberté académique? Dans cette communication, je m’intéresserai à la notion d’expertise. Je recenserai quelques éléments pour la définir, je présenterai des désaccords l’entourant et j’explorerai l’idée selon laquelle elle pourrait servir de lentille pertinente pour penser à la fois la liberté académique et l'épistémologie.
En 2021, Chantal Pouliot a siégé à la Commission scientifique et technique indépendante sur la reconnaissance de la liberté académique en milieu universitaire. Dans cette présentation, elle reviendra sur les événements qui ont mené à l’adoption de la Loi sur la liberté académique dans le milieu universitaire. Elle abordera la démarche de la Commission et s’attardera aux enjeux qui persistent en 2026. Elle dira aussi quelques mots sur son livre à venir, Notre Dôme, la protection de la liberté au Québec (en librairie le 11 mars 2026), dans lequel elle fournit des pistes pédagogiques d’appropriation de documents essentiels et un plan de cours universitaire d’un semestre.
Parmi les nombreuses raisons de valoriser la liberté académique dans le contexte universitaire, nous explorerons comment elle soutient la qualité de l’expertise, mais aussi comment elle participe au progrès scientifique dans sa contribution, à ce que le sociologue Robert K. Merton, appelle le scepticisme organisé. Nous examinerons comment la nature même du développement de la connaissance, bénéficie de regards diversifiés et du débat d’idées que cela suscite.