Le CIEQ propose près d’une dizaine de conférences par année, livrées par des chercheurs chevronnés. Destinées d’abord et avant tout à la relève étudiante, qui trouve là une occasion de formation aux rouages de la recherche, elles permettent également des échanges sur les questionnements de pointe qui marquent les différents terrains d’enquête ciblés par le CIEQ.

Rares sont les militants et militantes indépendantistes québécois des années 1960 qui ont donné leur vie pour voir naître le pays. Pourtant, l’idée de la mort et la préparation à une telle éventualité étaient régulièrement discutées dans la presse d’extrême gauche québécoise de l’époque. Dans cette présentation, Sarah K. Miles plonge dans l’univers des revues militantes pour analyser la fonction de la mort comme objet politique, à la fois domestique et international. Elle démontre que la représentation du sacrifice et l’héroïsation des morts militants ne servaient pas uniquement d’outil de mobilisation interne, mais agissait également comme un pont symbolique vers les luttes anticoloniales et révolutionnaires mondiales.

Depuis plusieurs décennies, le nombre de français au Québec a fortement augmenté. Cela reflète notamment le dense réseau d’accord qui relie la France et le Québec, dont un nombre croissant vise à faciliter les mobilités réciproques en réduisant les barrières à la migration et à l’installation. Ils produisent un régime de facilitation de la mobilité, ensemble de politiques et de dispositifs visant à attirer certaines catégories de migrants et à réduire les obstacles à leur immigration. La nationalité constitue dans ce cadre un privilège migratoire, c’est-à-dire un avantage social qui facilite la migration.
Cette présentation vise à examiner les caractéristiques de ce régime de facilitation de la mobilité ainsi que la manière dont il est expérimenté par les personnes françaises au Québec, en particulier avec un statut migratoire temporaire. Elle s’appuie pour cela sur une recherche longitudinale qualitative. Elle montre que, si l’accès au Québec est en effet facilité par différents dispositifs étatiques, des barrières croissantes s’élèvent face aux Français qui souhaitent demeurer au Québec, réduisant dans une certaine mesure leur privilège de nationalité.

Cette conférence s'attache à montrer le rôle qu'ont joué les chemins de fer, au sein de la francophonie québécoise de la seconde moitié du XIXe siècle, dans la montée d’une sensibilité collective à la place du français dans l’espace public. À partir des années 1850, on voit émerger au Québec des luttes contre la domination anglaise dans l’industrie ferroviaire locale, qui prennent essentiellement deux formes : ces luttes visent d'une part la sous-représentation statistique des Canadiens français au sein du directorat et du personnel des compagnies ferroviaires, et de celles notamment qui sont financées par l'État ; d'autre part, elles s'attaquent aux pratiques linguistiques en vigueur sur les voies ferrées, où la préséance de l’anglais soulève des revendications qui réclament un affichage et un service bilingues dans les trains et les gares. L'étude contribue à éclairer les débuts de la politisation de la question linguistique au Québec.

En 1754, la guerre fait rage en Amérique du Nord. Alors que les colonies sont à feu et à sang, les deux principaux belligérants, que sont la France et la Grande-Bretagne, négocient pour le règlement de leurs limites territoriales respectives dans leurs colonies outre-Atlantique. Les tensions montent, mais il faut attendre près de deux ans avant que la guerre ne soit officiellement déclarée en 1756. Comment les informations concernant les colonies circulent-elles en Europe ? Quels évènements sont décrits dans la presse ?
Cette présentation propose d’analyser le traitement de l’information au sujet des colonies de l’Amérique septentrionale dans la presse européenne entre 1754 et 1763, en retraçant les épisodes qui ont marqué la guerre de Conquête. Ce questionnement s’est inscrit dans le cadre du projet doctoral de la conférencière, qui portait sur la réception des nouvelles des conflits qui se déroulent en Amérique du Nord dans les gazettes européennes durant la guerre de Sept Ans (1754-1763).

En quoi l’archive constitue-t-elle une politique du présent et du futur ? Comment l’archivage populaire peut-il s’inscrire dans une entreprise collective de modification des rapports de forces et d’exploitation? Voilà des questions auxquelles je tente de répondre, en acte, dans le cadre des recherches que je mène en collaboration avec le Collectif d’histoire, d’éducation et d’archivage populaire (CHEAP) à Sherbrooke. Cette conférence sera d’abord l’occasion de raconter la création d’une archive populaire ancrée au centre-ville de Sherbrooke, répondant à des contextes et des besoins spécifiques en matière de production de savoirs (politisation, éducation populaire, défense de droits, etc.). Ces démarches collectives posent des défis politiques et éthiques particuliers. Elles font appel à des temps et des rythmes souvent difficiles à instaurer au sein des mouvements de contestation et de résistance, où les moyens sont incomparables à ceux de l’État, des institutions et des corporations. Je vous convie donc enfin à une discussion sur l’archive comme méthode de recherche, comme moyen de luttes et comme lieu d’imagination collective.

Entre 1830 et 1930, de nombreux prêtres du Québec se rendent à Rome dans l’espoir d’obtenir le corps entier d’un martyr chrétien exhumé des catacombes. Ils mobilisent leurs réseaux, multiplient les démarches et investissent du temps et d’importantes sommes d’argent pour obtenir ces trésors sacrés qui seront expédiés outre-Atlantique. Dans les paroisses et les couvents qui les accueillent, les restes de ces martyrs romains enchâssés dans des corps en cire sont reçus en grande pompe par les fidèles. Bien que leur identité demeure largement inconnue, ces martyrs deviennent de puissants intercesseurs, de saints patrons et des modèles de vertu pour les fidèles. À travers des documents d’archives conservés des deux côtés de l’Atlantique, cette conférence retrace les différentes étapes qui ont mené à la vénération de reliques romaines au Québec : leur acquisition, leur expédition, la confection des reliquaires et les pratiques dévotionnelles qui les entourent. Elle interroge la matérialité religieuse de ces objets, leur sens et leur perte de sens.

À Longueuil, la surabondance de cerfs au parc Michel-Chartrand a généré un débat émotif extrêmement médiatisé depuis 2020, en réaction aux projets de la Ville de Longueuil de contrôler la taille du cheptel, par euthanasie ou chasse.
Sur l’Île d’Anticosti, le cerf de Virginie a été introduit au début du 20e siècle. Il s’y est multiplié en grande surabondance, transformant profondément les paysages et la biodiversité, aujourd’hui décrit comme un « paradis de chasse ».
Même espèce, même enjeu de surabondance, mêmes conséquences sur les écosystèmes ; le portrait que font les médias québécois du cerf de Longueuil et d’Anticosti est pourtant bien différent. Au-delà du débat éthique sur la chasse, les discours médiatiques entourant la surabondance du cerf de Virginie laissent entrevoir une relation avec la nature distincte en fonction du contexte local, ce qui suppose que la cohabitation avec les changements environnementaux peut être vécue différemment selon le territoire.

Cette communication présente les principaux résultats d’une enquête prosopographique sur cinq générations (630 individus) de la famille Drapeau dans la vallée du Saint-Laurent (XVIIe–XIXe siècles). Elle montre comment la reproduction familiale (alliances, transmissions, choix professionnels et résidentiels), articulée aux mutations juridiques, économiques et politiques, notamment après 1763, a produit des trajectoires fortement contrastées : permanence d’une majorité paysanne et ascension de quelques figures. La communication traite ainsi de la formation des élites et la construction des inégalités au sein d’un même lignage.

À la croisée de l’histoire, de l’archivistique et des études de genre, le projet MatriArchives propose de constituer un fonds inédit consacré à la mémoire des femmes placées dans les institutions françaises de protection de la jeunesse entre 1945 et 1980. Ces jeunes filles, souvent enfermées pour des comportements considérés comme transgressifs, ont été doublement marginalisées : dans les dispositifs socio-judiciaires comme dans les récits historiques. Cette conférence reviendra sur les enjeux scientifiques et politiques de leur mise en archives, entre restitution de la parole des premières concernées, réflexion sur l’agentivité dans l’archivage, et tensions entre mémoire intime et exigence de patrimonialisation. À partir de traces laissées dans les dossiers, de témoignages oraux contemporains et d’une démarche collaborative avec des artistes et archivistes, il s’agira de penser un matrimoine archivistique féministe, sensible aux violences institutionnelles comme aux résistances des enfermées.

À partir de sources multiples, Les filles de Jeanne fait sortir de l'anonymat une lignée de femmes rurales de la Mauricie pendant deux siècles. Cette présentation se penchera sur la méthodologie qui a permis de reconstituer leurs conditions matérielles, les rapports de pouvoir tant familiaux que publics qui marquent chaque génération, et leurs rapports avec la grande Histoire, économique et politique, de leur époque. On soulignera les contraintes des sources et ce qu'elles révèlent de la vie de quatre cohortes de femmes et de leur environnement. Dans une optique collectiviste plutôt que subjectiviste, cette histoire se veut un ajout à l'histoire des femmes au Québec.

Les expositions agricoles, industrielles et internationales ont joué un rôle clé dans la modernisation du Québec, en équilibrant innovation et tradition. Inspirées de modèles comme l'Exposition de Londres en 1851, elles ont catalysé le développement technologique, économique et culturel, intégrant les villes dans des réseaux d'échanges régionaux et internationaux, tout en façonnant une identité territoriale unique.
Le Parc de l'Exposition de Trois-Rivières, réaménagé en 1938, incarne cette dynamique. Ce projet ambitieux, marqué par une modernité rare pour l'époque, rompt avec l'esthétique historiciste et illustre les défis et les fragilités de la planification urbaine au Québec.
Cette recherche analyse l'évolution du site, ses transformations typologiques et morphologiques, et sa place dans le tissu urbain contemporain. À travers l'étude de documents cartographiques et photographiques, elle explore comment le Parc conserve les traces de son projet original tout en s'adaptant aux besoins modernes. L'objectif est de valoriser le Parc comme document vivant de la modernité urbaine, en proposant des stratégies de conservation et de réhabilitation, tout en soulignant son rôle dans la mémoire collective et l'interaction entre innovation et tradition. L'évolution du site témoigne des agendas changeants de la ville, des fragilités de sa planification et de la mise en valeur du patrimoine bâti, historique et moderne.

Art appliqué marqué par les techniques et les humanités, l’architecture semble toujours tangentielle aux trois grands axes de la recherche publique entre santé, sciences, culture et société. Cet échange est l’occasion de réfléchir aux tentatives de légitimation de l’architecture comme discipline universitaire entre les logiques institutionnelle de la recherche et les outils et enjeux de la discipline.

Il y a une dimension transnationale, sinon transcoloniale, à la colonisation de l’arrière-pays du Saint-Laurent et des territoires greffés à la province de Québec de la fin du XIXe siècle jusqu’à l’annexation de l’Ungava. À travers des réseaux d’échanges et de partage de connaissances, les idéateurs de la colonisation s’alimentent à une toile de savoirs qui se constitue entre colonies et métropoles euroaméricaines à mesure que progresse le XIXe siècle. Des penseurs français, tels le géographe Onésime Reclus, l’économiste Paul Leroy-Beaulieu et le géographe Marcel Dubois, sont à la source d’idées, d’imaginaires et d’assises conceptuelles qui servent à deux générations de Canadiens français intéressés par la colonisation. S’articule ainsi un rapport, souvent exprimé à travers la comparaison, entre le Québec et des ailleurs coloniaux. Ces transferts influent de plus sur la conception de l’État provincial et sur son rôle attendu dans l’accaparement d’un domaine national qui croît.

Je présenterai, à l’occasion de cette conférence, un renouvellement de perspective — et, dans ce cas précis, d’écoute — sur les premiers temps de l’industrie musicale francophone en Amérique du Nord. J’illustrerai ce renouvellement à partir d’études de cas portant 1) sur le magasin de musique et de la compagnie d’édition de musique en feuilles E. L. Turcot et 2) sur la compagnie La Patrie Disc Français. En retraçant les grandes lignes de l’histoire de ces compagnies basées au Massachusetts dans les années 1910 et 1920, de même qu’en suivant le parcours professionnel et personnel de leurs fondateurs et de certains de leurs collègues basés au Québec, j’aspire à souligner le caractère circulatoire et transnational de leurs pratiques. Il devient ainsi possible de les envisager comme des parties intégrantes du déploiement des industries culturelles en Amérique du Nord, plutôt qu’en tant que simples produits de l’américanisation ou comme des agents de diffusion de la culture de masse états-unienne dans le monde francophone.

En ce début de XXIe siècle, l’automobile est de plus en plus contestée pour des raisons écologiques et sociétales, bien que ce phénomène ne soit pas nouveau et remonte aux années 1960. Si l’on veut penser un monde avec moins de véhicules motorisés, il importe de mobiliser l’histoire pour mieux comprendre les enchaînements et les ruptures historiques ayant amené à un certain triomphe de l’automobile et davantage de l’automobilisme – soit l’ensemble des véhicules motorisés et des systèmes permettant leur déploiement.
Notre propos dans cette conférence sera d’analyser l’histoire québécoise du XXe siècle au prisme de l’automobilisme. Comment l’automobilisme a conquis la société québécoise ? Quels changements politiques, économiques, culturels et sociaux l’automobilisme a-t-il suscité ? Il sera question d’aventuriers automobiles cherchant à développer l’automobilisme, d’Etatsuniens poussant vers plus de tourisme, de politiciens cherchant à contraindre ou étendre les libertés motorisées, d’acteurs économiques en concurrence avec ceux de l’automobilisme et de transformation du paysage québécois.

Cette présentation propose de retracer l’itinéraire historique des bovins aux Amériques à travers une approche pluridisciplinaire alliant analyses zooarchéologiques et biomoléculaires, histoire, et humanités numériques. À partir des résultats de mes travaux sur les bovins en Nouvelle-Espagne (Mexique, Guatemala, Caraïbes) et en Nouvelle-France (Québec), je démontrerai comment la zooarchéologie des périodes historiques ouvre de nouveaux champs d’investigation permettant d’explorer les dynamiques complexes de l’expansion européenne dans différentes sphères d’influence coloniale. En dénouant l’histoire de ces animaux, cette étude met en lumière des aspects méconnus du processus colonial, notamment la résilience et l’adaptation des populations autochtones face aux bouleversements économiques et environnementaux imposés par l’arrivée du bétail. D’autre part, elle examine le rôle central joué par les populations afro-descendantes dans l’entretien et la gestion des troupeaux, révélant ainsi des dimensions cruciales, mais souvent négligées des interactions sociales et économiques sous le régime colonial. En combinant des données biologiques et culturelles, cette approche interdisciplinaire enrichit non seulement notre compréhension des pratiques d’élevage et de subsistance, mais offre aussi de nouvelles perspectives sur les dynamiques de pouvoir et de résistance dans les Amériques post-colombiennes.

Cette présentation se situe au croisement d’un bilan historiographique et d’un plaidoyer en faveur d’une histoire de la vieillesse qui, il vaut mieux le préciser d’emblée, est plurielle. Des histoires, des vieillesses. La discrétion de l’histoire de la vieillesse (au sein des départements universitaires, des centres de recherche en sciences humaines et sur la place publique) s’explique notamment par le fait qu’elle est un champ de recherche assez récent qui se développe progressivement et assurément, mais sans grands éclats. Pourtant, interroger la vieillesse permet d’étudier de «grandes» questions de l’histoire sociale et de l’histoire des idées comme l’universalité, l’humanisme, les identités, la dépendance, le travail, la vulnérabilité, la marginalité, le féminisme, l’État Providence et tout l’héritage post-Lumières. L’histoire de la vieillesse permet aussi de déconstruire une foule d’idées reçues en les interrogeant dans la longue durée. Par exemple, exista-t-il réellement un «âge d’or» pour le vieil âge; celui qu’on se plaît à imaginer dans un passé un peu nébuleux lorsque l’on critique le présent? La vieillesse est-elle vraiment synonyme de passivité, de fragilité et de dépendance comme le veut cette image caricaturale brossée tant pour faciliter le contrôle d’une part de la population que pour fragiliser ses potentielles revendications? Le vieillissement représente l’un des chantiers majeurs de nos sociétés contemporaines et l’histoire de la vieillesse incarne assurément une voie prometteuse pour bien saisir les enjeux de cet objet d’études qui est tout autant objet d’interventions politiques et sociales. Cette conférence mobilisera le Québec comme terrain d’enquête principal, mais s’étendra au-delà.

De la fin des années 1990 au milieu des années 2000, nombre de publications portant sur le « modèle québécois » de gouvernance, dont l’avènement remonterait à la Révolution tranquille, en annonçaient la disparition progressive. Peut-on toujours, deux décennies plus tard et plus de 60 ans après l’avènement de la Révolution tranquille, parler d’un tel «modèle québécois»? La réponse est oui. Plutôt que de s’aligner sur la norme (néo)libérale canadienne ou encore nord-américaine, une crainte formulée par les opposants au libre-échange avec les États-Unis comme du «déficit zéro» dans les années 1990, le modèle québécois s’est affirmé et différencié encore davantage depuis le tournant du siècle. Bien que ses formes aient évolué de diverses manières, l’État demeure l’acteur central et le maître d’oeuvre du modèle québécois. L’objectif de notre présentation est ainsi de faire le bilan nuancé des évolutions du modèle québécois de gouvernance depuis la Révolution tranquille, d’en présenter les principales caractéristiques actuelles, mais également d’analyser les défis auxquels il est confronté à court et moyen termes.

Sous la gouverne du maître constructeur René-Nicolas Levasseur envoyé spécialement de France, le chantier naval royal de Québec construit à partir de 1739 une dizaine de navires de guerre. L’Abénaquise, une frégate exceptionnelle en avance sur son temps, a été conçue par le sous-constructeur canadien Louis-Pierre Poulin de Courval-Cressé. Exceptionnelle par sa taille, ses lignes, sa puissance de feu et sa vitesse, elle a attiré l’attention des lords de l’Amirauté britannique qui ont cherché à s’en inspirer. Le développement d’une expertise a permis la construction d’une « petite marine » sur les lacs Ontario et Champlain, permettant ainsi aux forces militaires de la Nouvelle-France d’avoir un avantage stratégique face aux Britanniques durant la guerre de la Conquête.

La présentation vise un double objectif. D’abord exposer la mission et les axes de la programmation de la Chaire de recherche Antoine-Turmel sur la sociologie historique de l’enfance et de la famille. Ensuite, partager quelques travaux qui soutiennent la chaire et qui portent sur la médicalisation de l’enfance, en mettant de l’avant la spécificité québécoise et le cas précis du diagnostic du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité. Le Québec est la province canadienne «championne» de la prescription de psychostimulants aux enfants et le recours aux diagnostics psychiatriques pour des symptômes comportementaux et des difficultés scolaires s’accroît de manière constante depuis au moins vingt ans.

Montréal, comme la plupart des villes occidentales, est marquée par des transformations énergétiques profondes au 20e siècle. Le lent remplacement du bois et du charbon au profit du pétrole, du gaz et de l'électricité transforme la présence matérielle de l'énergie, avec des répercussions importantes sur les pratiques de consommation des ménages. Cette conférence analyse l'invisibilisation graduelle des espaces de production, de stockage et de consommation d'énergie en ville. Dans un premier temps, elle décrit le fonctionnement du système énergétique de l'énergie physique basé sur le bois et le charbon et son incarnation dans l'habitat montréalais. Dans un second temps, elle s'intéresse à la contestation et aux critiques formulées envers ce système énergétique, restituées à travers les demandes d'octroi de permis de construction de cours à bois et à charbon. Dans un troisième temps, elle se tourne vers la diffusion des sources d'énergie distribuées en réseau, en particulier l'électricité, et ses effets sur les pratiques de consommation d'énergie domestique. Cette conférence propose donc une analyse sociale, matérielle et environnementale des effets des transitions énergétiques sur les villes ainsi que sur les personnes qui y vivent.

Si le Saguenay-Lac-Saint-Jean s’entend comme une région administrative et économique, située dans le moyen-nord de l’écoumène québécois, il existe aussi comme un espace culturel, produit d’une référence élaborée au long cours dans les représentations collectives. Peu étudiée à ce jour, cette référence n’en forme pas moins un puissant adjuvant au discours sur le développement régional saguenéen depuis plus d’un siècle. Elle se présente d’ailleurs comme un projet, esquissée surtout par l’élite régionale, à travers lequel s’expriment les visions d’un futur à instituer. Dans la suite des travaux de René Verrette sur la Mauricie et de Fernand Harvey sur la région culturelle, cette conférence propose une première incursion dans les processus de construction du régionalisme saguenéen, depuis ses premières apparitions au 19e siècle jusqu’à sa formalisation vers le milieu du 20e. Il s’agit, autrement dit, d’étudier la manière dont s’affirme le « territoire construit » du Saguenay à travers l’évolution d’un discours interprétatif sur la région par ses élites tant intellectuelles et culturelles qu’économiques et politiques. Dans l’intention d’élaborer une première chronologie du régionalisme saguenéen, ses modulations seront étudiées à travers une série de thématiques structurantes et récurrentes dans le discours de la presse régionale, soit la spatialité (régionalisme territorial), la temporalité (régionalisme historiographique), l’exploitation des ressources naturelles (régionalisme économique), l’iconographie (régionalisme symbolique) et le rapport d’altérité (alliant régionalisme démographique et autres particularismes).

Le territoire ancestral de Uashat mak Mani-Utenam regorge de sites exceptionnels. L’un de ces endroits est Kuakushuakanashkuat ka tshamishiht – Là où sont plantées les perches – au sud du lac Matinipi. Des générations d’Innus ont laissé des traces de leur passage dans ce site où sont plantées plusieurs perches utilisées pour la remontée des rivières. Discrètes mais bien tangibles sous les eaux de la rivière, ces perches sont encore visibles aujourd’hui et sont devenues un symbole identitaire. Une nouvelle génération veut voir ces témoins du passage de leurs ancêtres sur le territoire. Les jeunes Innus reprennent le chemin vers Kukushuakanashkuat ka tshimishiht pour connaître leur histoire, leur territoire et aussi pour le protéger. Notre présentation abordera l'un de ces voyages ayant eu lieu en août 2020 ainsi que la carte narrative produite pour documenter une partie de cette route traditionnelle innue.

1663 est un des moments phares de l'histoire de la Nouvelle-France et du Canada. C’est le moment où la Compagnie de la Nouvelle-France retourne la colonie à la couronne. Désormais sous l’autorité de Louis XIV et son ministre, Jean-Baptiste Colbert, la Nouvelle-France est devenue, dit-on, une province royale avec tous les pouvoirs qui y sont associés. Ce développement est habituellement étudié dans le contexte des événements survenus à l’intérieur de la colonie, les historiens ne prêtant que peu d’attention aux circonstances dans d’autres colonies à la même époque. Cette communication adopte une perspective atlantique, ce qui nous permet, dans un premier temps, d’expliquer pourquoi les structures de gouvernance se sont développés d’une telle manière et de voir des alternatives. Dans un deuxième temps, une perspective atlantique montre que l’établissement de l’autorité royale en Nouvelle-France a eu lieu dans un contexte plus vaste de réflexion, de collecte d’informations et d’expérimentation.

Immergés dans un nouvel environnement, les colons, voyageurs, missionnaires et auteurs de récits de voyage de la Nouvelle-France accordent fréquemment une large place à la description de la faune dans leurs ouvrages, soulignant sa diversité et surtout son abondance : Samuel de Champlain, Jacques Cartier, Gabriel Sagard, Pierre Boucher comme d’autres s’émerveillent devant le foisonnement d’oiseaux migrateurs, l’incroyable richesse halieutique du fleuve Saint-Laurent, ainsi que la multitude d’orignaux, ours, caribous, cerfs, renards, loups, castors ou chevreuils. Leur présence généreuse est associée au monde rural, sauvage, aux forêts boréales qui forment leur habitat. En revanche, les espèces animales indigènes sont beaucoup moins assimilées au milieu urbain au sein du paysage historiographique. La tendance d’un très grand nombre d’entre elles à se rapprocher de l’homme, joint à la proximité de la ville avec une faune terrestre, aviaire ou aquatique nombreuse, permet pourtant d’y supposer leur présence. Prenant pour cadre Montréal et surtout Québec, pour laquelle les informations sont les plus abondantes, cet article se penche sur les interactions entre la société urbaine coloniale et son environnement, entre 1663 et 1763. Il vise à mesurer à quel degrés la faune sauvage – essentiellement la tourte – joue un rôle dans la vie citadine et son organisation, faisant émerger des pratiques comme celle de la chasse dans l’espace urbain. La recherche permet donc de transposer une problématique généralement liée au monde rural vers un milieu au sein duquel elle n’est pas forcément associée, permettant de saisir, à travers les agents non humains, la manière dont une société s’approprie, façonne, gère et conçoit son espace.
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