Axes de recherche

Axe I : les trajectoires d’usage de drogues

 

La priorité de cet axe consiste à documenter l’évolution de la trajectoire des usagers de drogues, notamment les liens qu’ils font entre cette évolution et : 1) leur situation biopsychosociale ainsi que; 2) leurs motivations à consommer. Cette priorité relève du cadre théorique phénoménologique (Schutz, 1987) privilégié par cette Chaire de recherche. Ce paradigme donne accès au vécu expérientiel de l’individu, laissant toute la place à sa subjectivité dans la représentation que l’acteur se fait de sa trajectoire (Mucchielli, 1996). La notion d’acteur social sous-jacente est particulièrement utile en raison de la centration de la Chaire sur le point de vue du consommateur de drogues lui-même (Debuyst, 1989). Ce point de vue, composé notamment de significations et de sentiments personnels est reconnu pour apporter des pistes d’intervention adaptées aux besoins, désirs et capacités des acteurs (Poupart, Deslauriers, Groulx, Laperrière, Mayer et Pirès, 1997). La Chaire permettra par ailleurs de documenter sous l’angle complémentaire des statistiques l’évolution de la trajectoire des consommateurs au plan comportemental (nature, fréquence et gravité) en s’inspirant des travaux de criminologie et psychologie développementales (Lanctôt, 2005). Ainsi, un peu à la manière de Dubar (1998), il est prévu d’utiliser une perspective objective et subjective du concept de trajectoire dans le cadre de cette Chaire de recherche. Une juxtaposition de la phénoménologie et de la psychologie ou criminologie développementale se traduira par le recours majoritaire à une méthodologie mixte fournissant ainsi une connaissance plus complète sur les trajectoires d’usage de drogues. Des études rétrospectives et prospectives (mesures répétées) sont prévues. Par exemple, il est prévu d’élaborer un projet de recherche sur les trajectoires d’usage de drogues des élèves des écoles secondaires du Québec à partir de l’utilisation du questionnaire Dep-Ado et du recours aux entretiens qualitatifs. Il s’agira d’un devis à mesures répétées : secondaire I, secondaire III et secondaire V.

 

L’objectif principal de cet axe consiste donc à fournir une description détaillée des différentes trajectoires-types possibles, tel que Bouhnik (1996) et Brunelle, Brochu et Cousineau (2005) l’ont fait avec certaines populations spécifiques. Dans le cadre de la programmation de la Chaire, les trajectoires d’usage de drogues seront documentées pour l’ensemble des groupes cibles nommés plus haut. La diversité et la sinuosité des trajectoires pourront ainsi être dévoilées. En constituant un bassin important de matériel d’entrevues qualitatives et de questionnaires de délinquance et de consommation auto-révélés, il sera aussi possible d’évaluer quelles sont les trajectoires déviantes les plus empruntées par différents sous-groupes de la population. Ces résultats permettront également d’expliquer comment et pourquoi tel type de trajectoire a été emprunté du point de vue des répondants des divers groupes cibles, ce qui constitue un grand intérêt scientifique et clinique.

 

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Axe II : les problématiques associées à l’usage de drogues 

 

L’objectif de ce deuxième axe de recherche est de tracer un portrait détaillé des liens possibles entre l’usage de drogues et diverses problématiques associées. Le cadre national d’action pour réduire les méfaits liés à l’alcool et aux autres drogues et substances au Canada (Santé Canada et CCLAT, 2005) mentionne d’ailleurs la nécessité d’accumuler et d’approfondir les connaissances sur la question des troubles concomitants. En plus de mettre l’accent sur la description des problématiques associées du point de vue des acteurs concernés, la Chaire permettra d’en établir la prévalence. Les problématiques associées visées comportent ici des méfaits reconnus de l’usage comme la conduite avec facultés affaiblies ou encore des troubles concomitants tel que la délinquance et les problèmes de santé mentale. Plus spécifiquement, les problématiques associées que le programme intègre se regroupent en trois catégories principales : déviance, santé mentale, santé physique. Ces catégories ne sont pas mutuellement exclusives au sens où un consommateur peut présenter plusieurs problématiques associées réparties dans plus d’une catégorie.

 

La catégorie déviance inclut des problématiques associées à l’usage de drogues telles l’itinérance, la prostitution, les gangs de rue, le jeu pathologique, les divers comportements délinquants. Une centration plus marquée sur les troubles concomitants drogue-délinquance est prévue dans la programmation. Il est démontré que les personnes judiciarisées adultes et adolescentes sont plus susceptibles de consommer des drogues et de développer des problèmes de consommation que la population générale (Brochu, 2006; Pauzé, Toupin, Déry, Mercier, Cyr, Cyr et Frappier, 2000; Plourde et Brochu, 2002). Le taux de délinquance est quant à lui beaucoup plus élevé chez les consommateurs que chez les non-consommateurs, particulièrement chez ceux qui présentent des problèmes d’abus ou de dépendance à une ou des substances (Brochu, 2006; Guyon et Desjardins, 2005). La candidate et ses principaux collaborateurs Chantal Plourde (UQTR) et Serge Brochu (Université de Montréal) prévoient continuer d’approfondir les connaissances sur les relations drogue-crime à travers de nouveaux projets de recherche.

 

En plus de s’attarder aux liens entre l’usage de drogues et différents délits lucratifs et de violence, il est prévu d’étudier la conduite avec facultés affaiblies suite à l’usage d’alcool mais aussi d’autres drogues. Malgré les améliorations constatées ces dernières années en termes de prévalence du phénomène, l’alcool demeure la cause principale des décès sur les routes canadiennes (Santé Canada et CCLAT, 2005). Des études récentes montrent que le cannabis pourrait également altérer les sens et le jugement jusqu’à occasionner des accidents de la route, d’autant plus lorsque consommé de manière concomitante avec d’autres substances psychoactives (Mann, 2003). Des collaborations sont prévues avec Jacques Bergeron (Université de Montréal) et François Meunier (UQTR) pour développer les connaissances sur cette problématique de la conduite avec facultés affaiblies. Pour ce qui est des autres types de déviance rattachés à l’usage de drogues que la Chaire prévoit traiter, il est prévu de s’associer à des chercheurs spécialisés dans ces domaines pour mettre à contribution leurs expertises : Sylvie Hamel (UQTR) et Marie-Marthe Cousineau (Université de Montréal) pour la question des gangs de rue, Céline Bellot (Université de Montréal) et Élise Roy (Université de Sherbrooke) pour l’itinérance, Magali Dufour pour le jeu pathologique (Université de Sherbrooke), Line Massé et Danielle Leclerc pour les difficultés d’adaptation scolaire (UQTR).

 

Quant à la catégorie relative aux problèmes de santé mentale associés à l’usage de drogues, elle regroupe des problèmes psychologiques de diverses natures, passant de l’anxiété aux troubles dépressifs et au suicide. La majorité des études conduites avec des populations cliniques en santé mentale montrent que l’usage de drogues et même les problèmes d’abus et de dépendance sont présents pour au moins le tiers de la clientèle (Garnefski et Diekstra 1997; King, 2000). Plus spécifiquement, la manie, la schizophrénie, la dépression et les troubles alimentaires sont associés à l’usage problématique de drogues chez des clientèles en santé mentale (Cuffel, 1996; Milos, Spindler et  Schnyder, 2004). Enfin, il est important de mentionner que, selon les études, les troubles liés à la prise d’alcool ou d’autres drogues sont présents dans 30 à 50% des cas de suicide (CPLT, 1998). Parallèlement, des études portant sur des clientèles toxicomanes en traitement montrent une comorbidité importante entre leur problème de consommation et différentes difficultés au plan psychologique : symptômes d’anxiété, symptômes dépressifs, idéations et tentatives de suicide (Bertrand, Ménard et Plourde, 2004). Des collaborations actuelles avec Karine Bertrand (Domrémy MCQ et UQTR) et éventuelles avec Louise Nadeau (Université de Montréal), permettront d’approfondir les connaissances et d’améliorer les pratiques dans le domaine des troubles concomitants d’usage de drogues et de santé mentale.

 

Enfin, la catégorie qui concerne les problèmes de santé physique reliés à l’usage de drogues porte sur les effets de l’injection de certaines drogues au niveau de la propagation du VIH et des hépatites C. L’usage de drogues injectables au Canada a augmenté de façon importante de 1994 à 2004 (Santé canada et CCLAT, 2005). Or, en 2003, 30% des nouveaux cas de VIH étaient attribuables à l’usage de drogues par injection (Geduld, Gatali, Remis et Archibald, 2003). La consommation de drogues par injection constitue également la cause principale d’infection à l’hépatite C au Canada. Trois nouveaux cas sur quatre sont attribuables à l’usage de drogues injectables (Backmund, Meyer, von Zielonka et Eichenlaub, 2001). Il importe de s’attarder aux processus sous jacents à l’injection dans différents groupes-cibles, notamment chez les jeunes de la rue et les détenus pour arriver à mieux comprendre et ainsi à adopter les stratégies d’intervention les plus efficaces pour contribuer à freiner ou, du moins, à diminuer ce problème de santé publique très préoccupant (Plourde, Brochu, White et Couvrette, 2005). Des spécialistes du domaine médical tel que le Dr. Élise Roy (Université de Sherbrooke et Hôpital général de Montréal) ont été approchés pour des collaborations de recherche. Un exemple de projet de recherche se situant dans ce deuxième axe consistera justement à étudier les processus biopsychosociaux de transmission du VIH et des hépatites chez des jeunes de la rue utilisateurs de drogues injectables au Québec avec le Dr. Roy.

 

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Axe III : Trajectoires de réadaptation et de services

 

La majorité des études sur la consommation d’alcool et d’autres drogues ayant été conduites dans une perspective de trajectoire sont de nature statistique et s’intéressent plus au développement des comportements d’usage qu’aux processus de réadaptation ou de rétablissement (Stahler et Cohen, 2000). Les trajectoires d’utilisation de services sont encore moins étudiées (Mercier et Alarie, 2000). Bien que le Plan d’action interministériel en toxicomanie 2006-2011 relève plusieurs lacunes au plan de l’intégration des services auprès des consommateurs (Gouvernement du Québec, 2006), peu d’études ont permis de documenter la trajectoire de réadaptation et de services empruntée par ces consommateurs. La connaissance et la compréhension de ce type de trajectoire sont nécessaires afin de développer des interventions adéquates. Dans une approche phénoménologique, l’analyse du point de vue des consommateurs et de leur expérience s’avère essentielle pour mieux comprendre leur processus de réadaptation et leurs besoins de services (Poupart, Deslauriers, Groulx, Laperrière, Mayer et Pirès, 1997).

 

Des projets de recherche évaluative, allant de l’implantation à l’impact des services de prévention et de réadaptation en matière de drogues sont envisagés pour permettre une meilleure compréhension des processus de changement, de rétablissement ou de réinsertion sociale des consommateurs présentant ou non des troubles concomitants. Ces projets de recherche comporteront des devis méthodologiques mixtes, quantitatifs et qualitatifs, pour assurer une compréhension plus globale des processus. Plus particulièrement, il s’agira de décrire l’expérience des acteurs concernés dans le cadre de leur processus de rétablissement ou de réadaptation. Le projet de recherche déposée au FRSQ par la candidate et ses collègues Karine Bertrand et Serge Brochu à l’automne 2005 en est un bon exemple. Il porte sur les trajectoires de réadaptation et de services de jeunes toxicomanes présentant des troubles concomitants de santé mentale et de délinquance.

Dans la lignée des recommandations du Congrès national en toxicomanie Rond Point 2005 qui avait lieu à Montréal en avril 2005 (www.rondpoint2005.fqcrpat.org) et du cadre national d’action pour réduire les méfaits liés à l’alcool et aux autres drogues et substances au Canada (Santé Canada et CCLAT, 2005), ce troisième axe de la Chaire de recherche du Canada sur les trajectoires d’usage de drogues et les problématiques associées prévoit une participation à l’évaluation de projets de prévention et de réadaptation, particulièrement dans les domaines drogue-crime et drogue-santé mentale. Il s’agira non seulement de s’attarder à la situation des toxicomanes, mais également à celle des personnes à risque de le devenir et même aux consommateurs de drogues dans leur ensemble. Les questions de troubles concomitants et de méfaits associés à l’usage seront centrales. Le troisième axe fournira aux milieux d’intervention des résultats d’évaluation leur permettant de s’adapter davantage aux besoins de leurs clientèles.

 

La programmation proposée comblera des lacunes importantes au niveau des connaissances québécoises et canadiennes sur les trajectoires d’usage de drogues et les problématiques associées en prévoyant des conditions optimales de recherche et de collaborations auprès de milieux et de populations multiples ainsi qu’en privilégiant l’utilisation d’une méthodologie mixte qui apporte une connaissance plus approfondie des phénomènes. La Chaire de recherche du Canada sur les trajectoires d’usage de drogues et les problématiques associées s’intègre très bien au Plan stratégique de la recherche (PSR) de l’UQTR. Elle répond notamment à trois des objectifs ou priorités de ce PSR : investir le champ des jeunes en difficulté d’adaptation; favoriser le développement de thématiques qui suscitent des regroupements de chercheurs au sein de l’UQTR et avec des chercheurs à l’externe; et offrir une accessibilité aux études supérieures et à l’encadrement propice à l’obtention des diplômes dans les temps requis.

Activités de formation

 

Des mémoires de maîtrise et thèses de doctorat en psychoéducation, criminologie, psychologie et éducation pourront être réalisés dans le cadre des activités de la Chaire de recherche du Canada sur les trajectoires d’usage de drogues et les problématiques associées. La direction ou la co-direction des études supérieures de ces étudiants est donc envisagée. Par ailleurs, les différents projets de recherche qui se réaliseront dans le cadre de cette Chaire permettront l’embauche et la formation d’étudiants de premier, deuxième et troisième cycles, comme c’est déjà le cas dans le cadre des activités de recherche de la candidate au sein du Regroupement CICC-UQTR et du GRIAPS. Ainsi, il sera possible pour un assistant de travailler sur des données de recherche pour ses études de maîtrise ou de doctorat et, inversement, pour un étudiant de deuxième ou troisième cycle d’obtenir un emploi rémunéré à partir de l’expertise qu’il développera dans le cadre de ses études. En faisant partie de la Chaire, du GRIAPS et du Regroupement CICC-UQTR, ces étudiants auront accès à plusieurs bourses d’étude et leurs candidatures seront soutenues par la candidate, maximisant ainsi leurs chances de les obtenir.

 

L’infrastructure proposée permettra également de fournir des conditions d’étude et de travail optimales aux étudiants et assistants, notamment en leur donnant accès à des locaux, à du matériel informatique et à des logiciels performants. De plus, l’embauche d’une professionnelle de recherche leur fournissant un soutien aux analyses qualitatives et statistiques contribuera à leur assurer une formation de qualité supérieure. Enfin, le budget prévoit des montants pour offrir aux assistants et étudiants de la Chaire: 1) des formations sur la passation de questionnaires et sur des logiciels d’analyse; 2) des remboursements au moins partiels de frais d’inscription et de transport leur permettant de présenter dans des congrès locaux, nationaux ou internationaux et; 3) des fonds pour faire traduire ou réviser des articles en anglais.

 

Ces différents avantages seront publicisés de plusieurs manières afin d’attirer le plus grand nombre possible d’étudiants et d’assistants possédant un potentiel très intéressant: dans les journées d’accueil des étudiants, dans les cours, dans les sites web du Département de psychoéducation, du GRIAPS, du RISQ et du CICC.

 

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