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Histoire de l'iconographie botanique
en Amérique française du 17e au 19e siècle
CHARLEVOIX
Le Gin-seng ou une illustration des connaissances botaniques des Jésuites (suite 1.)

La figure du Mémoire de Lafitau de 1718 montre les mêmes parties de la plante que le dessin de Claude Aubriet de 1690 exécuté pour Tournefort . Le Mémoire de Lafitau témoigne d'un système de classification très proche de celui de Tournefort. Par exemple, il donne à l'observation une place importante. Il décrit avec minutie toutes les parties de la plante. Dans le système de Tournefort, les parties de la fleur, leur disposition et la forme de la feuille sont nécessaires pour classer avec précision. Or Lafitau reconnaît qu'il n'a pu bien observer la fleur en 1716. Le texte, comme la figure du Mémoire de Lafitau, se situe donc dans la catégorie des systèmes de classification de la fin du XVIIe siècle qui classent à partir de tous les caractères des végétaux, entre autres, les racines, les fleurs ou la semence. La classification basée sur un type d'organe, comme le propose Tournefort, s'imposera au début du XVIIIe siècle. En conséquence, la figure du Gin-seng de Charlevoix qui reprend avec moins de détails celle de Lafitau se situe dans le même contexte quant à l'information botanique qu'elle révèle. Or c'est le seul exemple dans les 96 figures de l'ouvrage de Charlevoix qui s'attarde à montrer les parties de la fleur.

Catesby représente en 1748 le "Ginseng" et confirme l'importance de la découverte de Jartoux . Il ajoute, par le dessin de la fleur, ce que ce dernier ne montre pas dans le détail:

"La plupart des auteurs, qui ont traité de la Chine, n'oublient pas de faire mention du Ginseng: avec tout cela, il étoit peu connu avant que le P. Jartoux, Jésuite & Missionnaire à la Chine, ayant été employé par ordre de l'Empereur à faire une carte de la Tartarie ne 1709, eut occasion de voir cette Plante, croissant dans un village, environ à quatre lieues du royaume de Corée. Ce Père prit cette occasion de la dessiner, & d'en faire une description exacte, qui ayant été publiée dans les Mémoires de l'Académie Royale des Sciences à Paris donna l'occasion à la découverte de la même Plante en Canada & en Pensilvanie; & c'est de ce dernier endroit qu'elle fut envoyée à Mr. Collinson, qui la mit dans son curieux jardin de Peckham, où elle a produit cette année en 1746, & les deux précédentes, ses fleurs & ses bayes, telles quelles sont représentées dans la figure ci-jointes, & qui conviennent si exactement à la description du Ginseng des Chinois donnée par le Missionnaire, qu'on ne peut douter que ce ne soit la même espèce qu'il a décrite. Mais comme ce qu'il en dit est trop long pour être inséré ici, je n'en rapporterai que ce qu'il y a de plus remarquable, en ajoûtant à ma figure la fleur entière que le Pere avoue n'avoir jamais vûe."* .

Par son éloignement de la nature et le schématisme dans la représentation, la figure de la plante de Nisi, placée à côté de raretés Illustration dans l'Histoire générale des drogues* de Pomet, témoigne d'une classification encore très proche des usages médicinaux et de la curiosité de cette plante de drogueries ou de cabinets de curiosités populaires du XVIIe siècle.

La figure du Mémoire de Lafitau demeure jusqu'au milieu du XIXe siècle une source iconographique intéressante comme en témoigne la gravure de Walker* qui reprend en partie celle de L. Boudan qui a dessiné et gravé la figure du Gin-Seng du Mémoire de Lafitau .

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