Alexis Lambert

L'abjection comme source du récit et de l'identité narrative.

Mon projet s’intéresse à des thématiques comme la philosophie de l’existence, la philosophie de l’art et l’anthropologie philosophique. Il tourne autour du concept de l’abjection et de sa relation avec l’inconscient et l’art. Dans l’œuvre de Julia Kristeva (1941 - …), l’abjection est souvent définie comme un autre, et c’est à travers cet autre que se définit le moi.

Dans une volonté de philosophie comparée, nous voulons dans ce mémoire explorer les thèses de Julia Kristeva à la lumière de la méthodologie herméneutique de Paul Ricœur (1913-2005). Dans Philosophie de la volonté (1950-1960), Ricœur évoque que la conceptualisation du soi ne saurait être résolue que par une herméneutique, car la philosophie réflexive et la phénoménologie ont échoué à comprendre les tréfonds de la conscience. Il y a une part de la conscience sur laquelle on ne peut pas penser, c’est ce que Ricœur nomme l’involontaire absolu. Pour penser le soi dans son intégralité, il faut le penser dans le monde, se figurer la conscience dans son rapport au monde. Le sujet ne peut plus être pensé que d’un point de vue réflexif, il doit être interprété comme un corps-propre, interagissant avec le monde et avec les autres subjectivités.
Pour Kristeva, l’abjection et le sentiment de dégoût qui s’exprime chez le sujet sont fondateurs. C’est par cette dichotomie avec un extérieur qui affecte l’intégrité de mon corps-propre que je vais pouvoir me définir. Or, comment rendre compte de ce rapport ? La construction de mon soi est le résultat d’une construction narrative. En effet, comme Ricœur l’évoque, les mythes et les récits sont la seule façon qui nous révèle notre inconscient, et notre rapport avec l’abjection. Le mythe permet d’exprimer la souffrance, le mal et l’abjection de manière cachée, et l’herméneutique nous révèle les sens cachés du soi.

Le mémoire aura donc pour but de définir comment l’herméneutique, c’est-à-dire la science de l’interprétation et de l’explication des textes, est un outil intéressant pour comprendre l’abjection et son rôle dans la construction du soi. Par l’interprétation des narrations, on découvre le sens caché du rapport de notre propre conscience en tant qu’humain en rapport avec ce qui est inhumain. Cette abjection est fondatrice de notre identité. Une étude de cas sera faite pour comprendre comment l’abjection forge l’identité à travers l’art. Elle se concentrera sur un exemple d’art performance et de musique.  

Directrice de recherche: Mélissa Thériault