Histoire et culture régionale du Québec

La famille québécoise traditionnelle et la culture du lin

 

Résumé :

Le texte résume toutes les opérations nécessaires à la transformation du lin : de la semence au tissage.

Référence :

CARUFEL, Hélène de, Le lin, Montréal, Léméac, 1980.

Auteure :

Micheline Champoux

 

Avant qu'il y ait des usines de textile au Québec, le lin et la laine étaient les seuls matériaux de base pour la confection
des vêtements et du « linge de maison » (drap, serviettes, etc.). Chaque fermier réservait un petit champ à la culture du lin.

Le lin est une plante qui peut mesurer jusqu'à 120 cm de hauteur. Semé tôt au printemps, le plant de lin porte de petites
fleurs bleu-mauve en juillet. Après la floraison, la tige durcit et le centre se transforme en fibre. Lorsque la plante est bien
mûre, on la récolte et les fibres de la tige deviendront des vêtements pour toute la famille.

Dans la famille campagnarde du Québec ancien, tous les membres avaient leur part de travail dans la culture du lin. Le
père tenait la charrue et la herse qui étaient tirées par un cheval ou un bœuf. Tôt au printemps, il semait les graines. Mais,
à la fin de l'été, c'était la mère et les enfants qui arrachaient les plants. Ils faisaient des gerbes qui, groupées par quatre,
séchaient debout dans le champ.

Une fois séchées, les tiges étaient étendues sur une grande toile et le père frappait les têtes avec une sorte de fouet qu'on
appelle fléau. Il battait jusqu'à ce que toutes les graines soient séparées des tiges. On conservait précieusement les graines.
Une partie devait servir à la prochaine semence et l'autre serait convertie en huile, en sirop pour la grippe ou en
désinfectant pour les plaies.

Quand les tiges étaient débarrassées de leurs graines, on les étendait dans l'herbe. Là, l'action de la rosée et du soleil
faisait pourrir l'enveloppe de bois qui recouvrait les fibres. Cette opération pouvait durer un mois. Lorsque les tiges étaient
grises, on les étendait sur des perches au-dessus d'un feu entouré d'un petit mur de roches afin qu'elles sèchent. Le
séchage durait environ 15 minutes.

Ensuite, les tiges étaient maintenues au-dessus d'une sorte d'établi formé de trois planches espacées de quelques centimètres.
À l'aide d'une sorte de couteau en bois (sans lame), on brisait et enlevait l'écorce sans briser la fibre. C'était le broyage.
Les hommes faisaient le premier broyage ; les femmes, le deuxième. La famille était aidée par les familles voisines.
Ainsi, le travail devenait une fête.

Chaque broyage avait pour effet d'étirer les fibres, donc de les rendre plus fines et plus souples. Le lin broyé était attaché
en couettes d'environ 500 grammes. On conservait les déchets du broyage, appelés « étoupe », pour isoler les maisons
ou remplir les matelas.

Imagine maintenant une planche carrée où pointent, bien droits, une douzaine de rangées de clous, hauts de 7 cm et
espacés de 2 cm. Tu aurais un énorme peigne. C'est avec ce genre d'outil que les femmes peignaient les couettes de lin.
Une fois bien démêlées, les fibres étaient filées à l'aide d'un rouet. (Filer, c'est tordre et mettre bout à bout les fibres pour
faire de très longs fils.)

Avant de tisser le fil, il fallait le blanchir. On mélangeait d'abord de la cendre avec de l'eau. On laissait reposer la cendre
et on recueillait l'eau de surface, riche en potasse. Cette potasse était un bon nettoyant. Puis, on laissait tremper
le fil, noué en écheveaux, dans une cuve d'eau fraîche additionnée d'une tasse d'eau de potasse toute la journée.
Et on répétait l'opération plusieurs jours.

Le séchage se faisait ensuite par l'action de la neige et du soleil de mars. Lorsque les écheveaux étaient blancs et secs,
on les fouettait sur une chaise. Ainsi, les dernières impuretés tombaient et le fil était plus souple. Le fil de lin était alors prêt
à être tissé. On tissait de longues toiles qui étaient ensuite taillées en vêtements.

Il fallait compter deux ans entre l'ensemencement des graines et la confection d'un vêtement. En effet, le tissage ne se faisait
que l'hiver après le blanchissage. Aujourd'hui, la semence et la récolte du lin se fait avec des machines. Le blanchissage
se fait très rapidement avec des produits chimiques à l'usine. Le tissage et la confection des vêtements sont aussi
beaucoup plus rapides.

 

 

 

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Dernière mise à jour | 2016-10-18