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Cahiers du Séminaire québécois en philosophie moderne / Working Papers of the Quebec Seminar in Early Modern Philosophy
No. 2 (2016)
Couv_Studia_No2

NUMÉRO COMPLET [PDF]

ARTICLES INDIVIDUELS :

Plínio JUNQUIERA SMITH : «Ego sum, ego existo : un pléonasme?» (p. 1-30) [PDF]

Quoique la proposition ego sum, ego existo que l’on trouve dans la deuxième des Méditations de Descartes soit probablement la plus discutée de toute la philosophie moderne, il semble que la question de la relation entre ce qu’on peut appeler ses deux parties reste encore à examiner: d’un côté, ego sum et, d’autre côté, ego existo. L’interprétation traditionnelle, quoique implicite, revient à dire que la proposition ego sum, ego existo est un pléonasme. Contre cette lecture, cet article vise à montrer que même s’il est vrai que Descartes utilise souvent «être» et «exister» comme des synonymes, il développe à d’autres endroits une théorie selon laquelle le sens de ces deux verbes est différent: pour lui, une chose peut être sans avoir la perfection d’exister (comme une licorne). Une fois défendue cette hypothèse, cet article en examinera les conséquences pour la philosophie cartésienne, ce qui permettra notamment de montrer que cette formulation apparemment redondante cache en réalité la seule manière pour Descartes de répondre vraiment aux doutes des sceptiques.

Although Descartes’s ego sum, ego existo in the second Meditation is one of the most commented propositions of all early modern philosophy, it seems that one key aspect of it has not yet received sufficient attention, i.e., the relationship between its two parts (ego sum on the one hand, ego existo on the other). The traditional view amounts to implicitely acknowledging that this phrase is a pleonasm. Against this reading, this paper intends to show that although Descartes does indeed often equate “to be” and “to exist,” yet in a technical sense, he also distingues them in other passages. Notably, it is clear that for him, a being – such as a unicorn – may “be” without “existing” for all that. After defending this view, this paper will try to see what consequences it has for our understanding of Descartes’s philosophy. In particular, this will allow us to show that this apparently redundant formulation was crucial to Descartes’s success in overcoming the sceptics’s doubts.

Monte COOK : “Cartesianism and Body-Body Occasionalism” (p. 31-45) [PDF]

This article criticize an assumption at the heart of recent discussions about Cartesians and causation within the physical world, the assumption that if a Cartesian believes that only God can cause motion (or perhaps that only God and finite spirits can do this) then that Cartesian believes that bodies cannot causally affect one another. Daniel Garber, Steven Nadler, Tad Schmaltz, and Michael Della Rocca all make this assumption in arguing that Descartes, Antoine Arnauld, Louis de la Forge, Géraud de Cordemoy, or Robert Desgabets were or were not occasionalists about the apparent interaction of bodies.

Cet article critique une hypothèse au cœur de discussions récentes à propos des cartésiens et de la causalité dans le monde physique. Selon cette hypothèse, si un cartésien croit que Dieu seul peut causer le mouvement (ou que Dieu seul et les esprits finis le peuvent), alors ce cartésien croit que les corps ne peuvent s’affecter causalement les uns les autres. En soutenant que Descartes, Antoine Arnauld, Louis de la Forge, Géraud de Cordemoy ou Robert Desgabets sont, ou ne sont pas, occasionalistes lorsqu’ils abordent l’interaction apparente entre les corps, Daniel Garber, Steven Nadler, Tad Schmaltz et Michael Della Rocca tombent tous dans ce présupposé, dont cet article vise à montrer la fausseté.

Celi HIRATA : «La nécessité et la négation du libre arbitre dans la controverse Hobbes-Bramhall» (p. 47-67) [PDF]

Cet article se penche sur les arguments présentés par Hobbes dans les Questions Concerning Liberty, Necessity and Chance contre la doctrine des futurs contingents défendue par Bramhall. Dans cet ouvrage, Hobbes présente plusieurs arguments en faveur de la nécessité de toutes choses. Premièrement, il défend cette thèse par une identification sémantique de la cause suffisante et de la cause nécessaire (preuve qu’il présente aussi dans le Court traité et dans le De Corpore), deuxièmement, il soutient que sans l’existence d’une cause nécessaire, le changement serait inintelligible, et troisièmement, il utilise le principe de bivalence. Mais Hobbes utilise aussi des arguments théologiques : d’abord en soutenant que la doctrine des futurs contingents est incompatible avec l’omniscience et la providence divines, ensuite en affirmant que puisque toutes choses découlent d’un décret divin, elles doivent être nécessaires. Mon objectif consiste à établir une hiérarchie entre les différents arguments apportés par Hobbes, ainsi qu’à déterminer quel est précisément le concept de nécessité que le philosophe défend, sachant qu’il semble confondre nécessité logique et physique..

This paper analyses Hobbes’s arguments against Bramhall’s theory of future contingents in his Questions Concerning Liberty, Necessity and Chance. There, Hobbes uses several types of arguments in favour of the thesis that everything is determined. First, he argues that the concept of sufficient cause is equivalent to that of necessary cause (this argument can also be found in the Short Treatise and in the De Corpore). Secondly, Hobbes argues that without posing a necessary cause, change in the world would be unintelligible. Thirdly, he uses the principle of bivalence. But Hobbes also makes use of several theological arguments, namely when he argues that the doctrine of future contingents is incompatible with the notions of divine omniscience and providence, and when he says that if all things follow from a divine decree, then they must be necessary. My goal in this paper is to hierarchize these different arguments, as well as to determine what concept of necessity Hobbes exactly defends, seeing that he seems to conflate the logical and physical meanings of necessity.

Thomas M. LENNON : “Will and Freedom: The Theology of Descartes’s View” (p. 69-92) [PDF]

Descartes tried mightily to heed Mersenne’s advice to avoid theological issues. He did not always succeed, and to the extent that he did succeed, his effort to may in fact have had the unfortunate effect of generating confusion about certain of his philosophical views. Examining the theological picture helps to understand those views, especially with regard to free will. In particular, Molinism and Jansenism are discussed here. One result is that we can understand that, for Descartes, it is possible, even in this life, to have unshakable certainty of the true; but we can have only moral certainty of the good sufficient for action.

Descartes essaya le plus possible de suivre le conseil de Mersenne, soit éviter les questions théologiques. Il n’a pas toujours pu le faire avec succès et, lorsque ce fut le cas, ses efforts ont entraîné la malheureuse conséquence d’embrouiller certaines de ses conceptions philosophiques. Un examen du paysage théologique permet de clarifier ces conceptions, spécialement à l’égard du libre arbitre. En se penchant en particulier sur le molinisme et le jansénisme, cet article montre entre autres que, pour Descartes, il est possible, même pendant cette vie, d’avoir une certitude inébranlable de la vérité; mais que cette dernière n’est qu’une certitude morale du bien suffisant pour agir.

Éric MARQUER : «Usage civil et usage philosophique du langage selon Locke» (p. 93-110) [PDF]

Ce travail se propose d’étudier le rapport de la théorie lockéenne du langage à la logique de Port-Royal et aux projets de langue philosophique ou universelle élaborés au cours du XVIIe siècle (Dalgarno, Wilkins, Leibniz). En un sens, il s’agit d’un commentaire développé de la distinction, établie par Locke au Livre 3 de l’Essai sur l’entendement humain, entre la communication civile et la communication philosophique. Cet article aborde la question selon trois aspects : 1. l’originalité de la conception lockéenne du rapport entre langue ordinaire et langue philosophique, par rapport aux théories de ses prédécesseurs (Bacon, Hobbes, et surtout Arnauld et Nicole); 2. le rapport critique de Locke aux projets de langue universelle (Dalgarno, Wilkins); 3. le lien, dans le texte de l’Essay, entre la théorie lockéenne du langage et le caractère construit des essences (en reprenant notamment la critique leibnizienne de l’essence nominale).

This paper studies the relationship between Locke’s theory of langage, the logic of Port-Royal, and the projects of a philosophical or universal langage elaborated during the 17th century (i.e., Dalgarno, Wilkins, Leibniz). In a sense, it consists in a developed commentary of Locke’s distinction, elaborated in Book III of An Essay Concerning Human Understanding, between civil communication and philosophical communication. The question is treated according to the three following aspects: 1. the originality of Locke’s views concerning the relationship between ordinary and philosophical langage vis-à-vis his predecessors (Bacon, Hobbes, and Arnauld and Nicole in particular); 2. Locke’s critical stand in relation to the projects of a universal langage (Dalgarno, Wilkins); 3. the link existing, according to the Essay, between Locke’s theory of langage and his constructivism of the essences (notably through his critique of Leibniz’s nominal essences).