Vers une action planifiée du transfert des connaissances Vol. 3 #2

Par Renée Proulx, directrice de la recherche et du transfert des connaissances, CRDITED de Montréal

Le transfert des connaissances est un enjeu de taille pour les milieux universitaires, les milieux de pratique et les organismes qui, comme le Consortium national de recherche sur l'intégration sociale (CNRIS), contribuent à valoriser et à diffuser les résultats de la recherche. De plus en plus d'efforts de transfert des connaissances sont consentis par les CRDITED, par les chercheurs et par les infrastructures auxquelles ces derniers sont associés (équipes de recherche, chaires et institut universitaire).

À titre de principal organisme subventionnaire au Québec dans le domaine des sciences sociales et humaines, des arts et des lettres (SSHAL), le Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQ-SC : ancien FQRSC) a développé un plan d'action en matière de transfert des connaissances1. Celui-ci a ensuite été soumis pour consultation à des chercheurs, des décideurs et des experts du transfert des connaissances (57 participants).

Misant sur plusieurs travaux de recherche existants ainsi que sur les pratiques des chercheurs qu'il finance, le FRQ-SC reconnaît la grande variété de termes pour décrire les processus visant l'utilisation des connaissances. Sans chercher de consensus sur la définition ou sur le concept intégrateur, il souligne deux principes fondamentaux, à savoir que le transfert des connaissances (1) est un processus (2) qui peut prendre différentes formes, qu'elles soient interactives (ex. : ateliers, séminaires) ou non (ex. : articles ou conférences). Le FRQ-SC propose une définition large du transfert des connaissances, à savoir l'« ensemble des efforts consentis pour contribuer à faire connaître et reconnaître la recherche (…) de même que ses résultats en vue de leur utilisation par les milieux de pratique, les décideurs et le grand public. » (p. 2)

Le FRQ-SC reconnaît certains faits importants : (1) que tous les résultats de recherche n'ont pas à faire l'objet d'un transfert systématique parce que la thématique ou l'état d'avancement des connaissances ne s'y prêtent pas; (2) que tous les milieux n'ont pas le même potentiel à faire un transfert systématique des connaissances; (3) que le fait de s'engager dans une recherche menée en collaboration constitue une base solide pour le transfert des connaissances et (4) que les retombées des recherches en sciences sociales et humaines, en arts et en lettres « sont souvent intangibles, difficiles à saisir même à long terme et sont à la base de nombreux changements personnels et sociaux sans qu'il soit toujours possible de bien les cerner. » (p. 5)

C'est par la nature de ses programmes de financement et ses propres activités de transfert des connaissances que le FRQ-SC entend permettre à un plus grand nombre et à une plus grande diversité de personnes d'avoir accès aux résultats de la recherche qu'elle finance.

La consultation2 menée par le FRQ-SC (FQRSC) met en relief les préoccupations trouvées dans le domaine des sciences sociales et humaines, des arts et des lettres au Québec :

  • On tend encore à trop associer le transfert des connaissances à des stratégies ponctuelles et unidirectionnelles (les chercheurs produisent des connaissances qu'ils diffusent ensuite).
  • La bidirectionnalité du processus de transfert des connaissances est à promouvoir et à soutenir.
  • Au-delà de la diffusion des connaissances, on devrait davantage mettre l'accent sur les moyens qui permettent l'utilisation des connaissances par les milieux de pratique, les décideurs et le grand public.
  • Un plan de transfert des connaissances doit être bien contex­tualisé et rendre explicites les intentions de ceux et celles qui le portent.
  • Le processus du transfert des connaissances devrait se faire davantage en interaction avec les milieux, s'articuler autour des concepts de mobilisation et de coproduction de connaissances.
  • Le modèle du programme des Actions concertées du FRQ-SC est exemplaire pour le développement des nouvelles connaissances et pourrait être mis au profit des efforts d'enseignement universitaire.
  • Les mesures incitatives qui stimulent les chercheurs à collaborer avec plusieurs milieux favorisent les retombées de la recherche.
  • La mise en place de communautés de pratique sur des thématiques ciblées est un vecteur important d'utilisation des connaissances.
  • Il y a de grands besoins de connaissances sur le processus de transfert et sur ce qui fonctionne en la matière.
  • Pour favoriser une utilisation des connaissances, le FRQ-SC doit s'assurer que ses programmes s'accompagnent de mesures incitatives pécuniaires, permettent de reconnaître les efforts consentis aux activités de transfert, et s'appuient sur des règles et des indicateurs qui favorisent un suivi de l'application et des retombées des connaissances.

Le plan d'action et la démarche de consultation du FRQ-SC offrent des constats et des orientations applicables au domaine de la déficience intellectuelle et des troubles envahissants du développement. Ils réaffirment l'importance d'associer aux recherches un plan systématique de transfert qui dépasse la diffusion unidirectionnelle et occasionnelle de connaissances en misant sur des stratégies variées, planifiées et axées sur l'utilisation des connaissances. Dans ce projet, les chercheurs, les milieux de pratique et les décideurs sont appelés à agir en complémentarité autour de certaines thématiques tout en demeurant ouverts à la collaboration avec les organismes détenant un mandat de transfert des connaissances (ex. : le Centre de liaison sur l'intervention et la prévention psychosociale, CLIPP).

À suivre :

Le prochain article portera sur les déterminants et les retombées attendues du transfert des connaissances, s'appuyant sur les leçons tirées d'une étude commandée par le FRQ-SC au professeur François Chagnon et son équipe de la chaire d'étude (Centre jeunesse de Montréal – Institut universitaire) sur l'appréciation des connaissances dans le domaine des jeunes et des familles en difficulté.

1FQRSC (2011, janvier). Plan d'action en matière de transfert des connaissances – projet, FQRSC, Québec.

2FQRSC (2011, mars). Bilan de la consultation sur le Plan d'action en matière de transfert des connaissances, FQRSC, Québec.

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