Le CIEQ propose près d’une dizaine de conférences par année, livrées par des chercheurs chevronnés. Destinées d’abord et avant tout à la relève étudiante, qui trouve là une occasion de formation aux rouages de la recherche, elles permettent également des échanges sur les questionnements de pointe qui marquent les différents terrains d’enquête ciblés par le CIEQ.

Rares sont les militants et militantes indépendantistes québécois des années 1960 qui ont donné leur vie pour voir naître le pays. Pourtant, l’idée de la mort et la préparation à une telle éventualité étaient régulièrement discutées dans la presse d’extrême gauche québécoise de l’époque. Dans cette présentation, Sarah K. Miles plonge dans l’univers des revues militantes pour analyser la fonction de la mort comme objet politique, à la fois domestique et international. Elle démontre que la représentation du sacrifice et l’héroïsation des morts militants ne servaient pas uniquement d’outil de mobilisation interne, mais agissait également comme un pont symbolique vers les luttes anticoloniales et révolutionnaires mondiales.

Depuis plusieurs décennies, le nombre de français au Québec a fortement augmenté. Cela reflète notamment le dense réseau d’accord qui relie la France et le Québec, dont un nombre croissant vise à faciliter les mobilités réciproques en réduisant les barrières à la migration et à l’installation. Ils produisent un régime de facilitation de la mobilité, ensemble de politiques et de dispositifs visant à attirer certaines catégories de migrants et à réduire les obstacles à leur immigration. La nationalité constitue dans ce cadre un privilège migratoire, c’est-à-dire un avantage social qui facilite la migration.
Cette présentation vise à examiner les caractéristiques de ce régime de facilitation de la mobilité ainsi que la manière dont il est expérimenté par les personnes françaises au Québec, en particulier avec un statut migratoire temporaire. Elle s’appuie pour cela sur une recherche longitudinale qualitative. Elle montre que, si l’accès au Québec est en effet facilité par différents dispositifs étatiques, des barrières croissantes s’élèvent face aux Français qui souhaitent demeurer au Québec, réduisant dans une certaine mesure leur privilège de nationalité.

Cette conférence s'attache à montrer le rôle qu'ont joué les chemins de fer, au sein de la francophonie québécoise de la seconde moitié du XIXe siècle, dans la montée d’une sensibilité collective à la place du français dans l’espace public. À partir des années 1850, on voit émerger au Québec des luttes contre la domination anglaise dans l’industrie ferroviaire locale, qui prennent essentiellement deux formes : ces luttes visent d'une part la sous-représentation statistique des Canadiens français au sein du directorat et du personnel des compagnies ferroviaires, et de celles notamment qui sont financées par l'État ; d'autre part, elles s'attaquent aux pratiques linguistiques en vigueur sur les voies ferrées, où la préséance de l’anglais soulève des revendications qui réclament un affichage et un service bilingues dans les trains et les gares. L'étude contribue à éclairer les débuts de la politisation de la question linguistique au Québec.

En 1754, la guerre fait rage en Amérique du Nord. Alors que les colonies sont à feu et à sang, les deux principaux belligérants, que sont la France et la Grande-Bretagne, négocient pour le règlement de leurs limites territoriales respectives dans leurs colonies outre-Atlantique. Les tensions montent, mais il faut attendre près de deux ans avant que la guerre ne soit officiellement déclarée en 1756. Comment les informations concernant les colonies circulent-elles en Europe ? Quels évènements sont décrits dans la presse ?
Cette présentation propose d’analyser le traitement de l’information au sujet des colonies de l’Amérique septentrionale dans la presse européenne entre 1754 et 1763, en retraçant les épisodes qui ont marqué la guerre de Conquête. Ce questionnement s’est inscrit dans le cadre du projet doctoral de la conférencière, qui portait sur la réception des nouvelles des conflits qui se déroulent en Amérique du Nord dans les gazettes européennes durant la guerre de Sept Ans (1754-1763).

En quoi l’archive constitue-t-elle une politique du présent et du futur ? Comment l’archivage populaire peut-il s’inscrire dans une entreprise collective de modification des rapports de forces et d’exploitation? Voilà des questions auxquelles je tente de répondre, en acte, dans le cadre des recherches que je mène en collaboration avec le Collectif d’histoire, d’éducation et d’archivage populaire (CHEAP) à Sherbrooke. Cette conférence sera d’abord l’occasion de raconter la création d’une archive populaire ancrée au centre-ville de Sherbrooke, répondant à des contextes et des besoins spécifiques en matière de production de savoirs (politisation, éducation populaire, défense de droits, etc.). Ces démarches collectives posent des défis politiques et éthiques particuliers. Elles font appel à des temps et des rythmes souvent difficiles à instaurer au sein des mouvements de contestation et de résistance, où les moyens sont incomparables à ceux de l’État, des institutions et des corporations. Je vous convie donc enfin à une discussion sur l’archive comme méthode de recherche, comme moyen de luttes et comme lieu d’imagination collective.

Entre 1830 et 1930, de nombreux prêtres du Québec se rendent à Rome dans l’espoir d’obtenir le corps entier d’un martyr chrétien exhumé des catacombes. Ils mobilisent leurs réseaux, multiplient les démarches et investissent du temps et d’importantes sommes d’argent pour obtenir ces trésors sacrés qui seront expédiés outre-Atlantique. Dans les paroisses et les couvents qui les accueillent, les restes de ces martyrs romains enchâssés dans des corps en cire sont reçus en grande pompe par les fidèles. Bien que leur identité demeure largement inconnue, ces martyrs deviennent de puissants intercesseurs, de saints patrons et des modèles de vertu pour les fidèles. À travers des documents d’archives conservés des deux côtés de l’Atlantique, cette conférence retrace les différentes étapes qui ont mené à la vénération de reliques romaines au Québec : leur acquisition, leur expédition, la confection des reliquaires et les pratiques dévotionnelles qui les entourent. Elle interroge la matérialité religieuse de ces objets, leur sens et leur perte de sens.

À Longueuil, la surabondance de cerfs au parc Michel-Chartrand a généré un débat émotif extrêmement médiatisé depuis 2020, en réaction aux projets de la Ville de Longueuil de contrôler la taille du cheptel, par euthanasie ou chasse.
Sur l’Île d’Anticosti, le cerf de Virginie a été introduit au début du 20e siècle. Il s’y est multiplié en grande surabondance, transformant profondément les paysages et la biodiversité, aujourd’hui décrit comme un « paradis de chasse ».
Même espèce, même enjeu de surabondance, mêmes conséquences sur les écosystèmes ; le portrait que font les médias québécois du cerf de Longueuil et d’Anticosti est pourtant bien différent. Au-delà du débat éthique sur la chasse, les discours médiatiques entourant la surabondance du cerf de Virginie laissent entrevoir une relation avec la nature distincte en fonction du contexte local, ce qui suppose que la cohabitation avec les changements environnementaux peut être vécue différemment selon le territoire.

Cette communication présente les principaux résultats d’une enquête prosopographique sur cinq générations (630 individus) de la famille Drapeau dans la vallée du Saint-Laurent (XVIIe–XIXe siècles). Elle montre comment la reproduction familiale (alliances, transmissions, choix professionnels et résidentiels), articulée aux mutations juridiques, économiques et politiques, notamment après 1763, a produit des trajectoires fortement contrastées : permanence d’une majorité paysanne et ascension de quelques figures. La communication traite ainsi de la formation des élites et la construction des inégalités au sein d’un même lignage.

À la croisée de l’histoire, de l’archivistique et des études de genre, le projet MatriArchives propose de constituer un fonds inédit consacré à la mémoire des femmes placées dans les institutions françaises de protection de la jeunesse entre 1945 et 1980. Ces jeunes filles, souvent enfermées pour des comportements considérés comme transgressifs, ont été doublement marginalisées : dans les dispositifs socio-judiciaires comme dans les récits historiques. Cette conférence reviendra sur les enjeux scientifiques et politiques de leur mise en archives, entre restitution de la parole des premières concernées, réflexion sur l’agentivité dans l’archivage, et tensions entre mémoire intime et exigence de patrimonialisation. À partir de traces laissées dans les dossiers, de témoignages oraux contemporains et d’une démarche collaborative avec des artistes et archivistes, il s’agira de penser un matrimoine archivistique féministe, sensible aux violences institutionnelles comme aux résistances des enfermées.

À partir de sources multiples, Les filles de Jeanne fait sortir de l'anonymat une lignée de femmes rurales de la Mauricie pendant deux siècles. Cette présentation se penchera sur la méthodologie qui a permis de reconstituer leurs conditions matérielles, les rapports de pouvoir tant familiaux que publics qui marquent chaque génération, et leurs rapports avec la grande Histoire, économique et politique, de leur époque. On soulignera les contraintes des sources et ce qu'elles révèlent de la vie de quatre cohortes de femmes et de leur environnement. Dans une optique collectiviste plutôt que subjectiviste, cette histoire se veut un ajout à l'histoire des femmes au Québec.

Les expositions agricoles, industrielles et internationales ont joué un rôle clé dans la modernisation du Québec, en équilibrant innovation et tradition. Inspirées de modèles comme l'Exposition de Londres en 1851, elles ont catalysé le développement technologique, économique et culturel, intégrant les villes dans des réseaux d'échanges régionaux et internationaux, tout en façonnant une identité territoriale unique.
Le Parc de l'Exposition de Trois-Rivières, réaménagé en 1938, incarne cette dynamique. Ce projet ambitieux, marqué par une modernité rare pour l'époque, rompt avec l'esthétique historiciste et illustre les défis et les fragilités de la planification urbaine au Québec.
Cette recherche analyse l'évolution du site, ses transformations typologiques et morphologiques, et sa place dans le tissu urbain contemporain. À travers l'étude de documents cartographiques et photographiques, elle explore comment le Parc conserve les traces de son projet original tout en s'adaptant aux besoins modernes. L'objectif est de valoriser le Parc comme document vivant de la modernité urbaine, en proposant des stratégies de conservation et de réhabilitation, tout en soulignant son rôle dans la mémoire collective et l'interaction entre innovation et tradition. L'évolution du site témoigne des agendas changeants de la ville, des fragilités de sa planification et de la mise en valeur du patrimoine bâti, historique et moderne.

Art appliqué marqué par les techniques et les humanités, l’architecture semble toujours tangentielle aux trois grands axes de la recherche publique entre santé, sciences, culture et société. Cet échange est l’occasion de réfléchir aux tentatives de légitimation de l’architecture comme discipline universitaire entre les logiques institutionnelle de la recherche et les outils et enjeux de la discipline.

Il y a une dimension transnationale, sinon transcoloniale, à la colonisation de l’arrière-pays du Saint-Laurent et des territoires greffés à la province de Québec de la fin du XIXe siècle jusqu’à l’annexation de l’Ungava. À travers des réseaux d’échanges et de partage de connaissances, les idéateurs de la colonisation s’alimentent à une toile de savoirs qui se constitue entre colonies et métropoles euroaméricaines à mesure que progresse le XIXe siècle. Des penseurs français, tels le géographe Onésime Reclus, l’économiste Paul Leroy-Beaulieu et le géographe Marcel Dubois, sont à la source d’idées, d’imaginaires et d’assises conceptuelles qui servent à deux générations de Canadiens français intéressés par la colonisation. S’articule ainsi un rapport, souvent exprimé à travers la comparaison, entre le Québec et des ailleurs coloniaux. Ces transferts influent de plus sur la conception de l’État provincial et sur son rôle attendu dans l’accaparement d’un domaine national qui croît.

Je présenterai, à l’occasion de cette conférence, un renouvellement de perspective — et, dans ce cas précis, d’écoute — sur les premiers temps de l’industrie musicale francophone en Amérique du Nord. J’illustrerai ce renouvellement à partir d’études de cas portant 1) sur le magasin de musique et de la compagnie d’édition de musique en feuilles E. L. Turcot et 2) sur la compagnie La Patrie Disc Français. En retraçant les grandes lignes de l’histoire de ces compagnies basées au Massachusetts dans les années 1910 et 1920, de même qu’en suivant le parcours professionnel et personnel de leurs fondateurs et de certains de leurs collègues basés au Québec, j’aspire à souligner le caractère circulatoire et transnational de leurs pratiques. Il devient ainsi possible de les envisager comme des parties intégrantes du déploiement des industries culturelles en Amérique du Nord, plutôt qu’en tant que simples produits de l’américanisation ou comme des agents de diffusion de la culture de masse états-unienne dans le monde francophone.

En ce début de XXIe siècle, l’automobile est de plus en plus contestée pour des raisons écologiques et sociétales, bien que ce phénomène ne soit pas nouveau et remonte aux années 1960. Si l’on veut penser un monde avec moins de véhicules motorisés, il importe de mobiliser l’histoire pour mieux comprendre les enchaînements et les ruptures historiques ayant amené à un certain triomphe de l’automobile et davantage de l’automobilisme – soit l’ensemble des véhicules motorisés et des systèmes permettant leur déploiement.
Notre propos dans cette conférence sera d’analyser l’histoire québécoise du XXe siècle au prisme de l’automobilisme. Comment l’automobilisme a conquis la société québécoise ? Quels changements politiques, économiques, culturels et sociaux l’automobilisme a-t-il suscité ? Il sera question d’aventuriers automobiles cherchant à développer l’automobilisme, d’Etatsuniens poussant vers plus de tourisme, de politiciens cherchant à contraindre ou étendre les libertés motorisées, d’acteurs économiques en concurrence avec ceux de l’automobilisme et de transformation du paysage québécois.

Cette présentation propose de retracer l’itinéraire historique des bovins aux Amériques à travers une approche pluridisciplinaire alliant analyses zooarchéologiques et biomoléculaires, histoire, et humanités numériques. À partir des résultats de mes travaux sur les bovins en Nouvelle-Espagne (Mexique, Guatemala, Caraïbes) et en Nouvelle-France (Québec), je démontrerai comment la zooarchéologie des périodes historiques ouvre de nouveaux champs d’investigation permettant d’explorer les dynamiques complexes de l’expansion européenne dans différentes sphères d’influence coloniale. En dénouant l’histoire de ces animaux, cette étude met en lumière des aspects méconnus du processus colonial, notamment la résilience et l’adaptation des populations autochtones face aux bouleversements économiques et environnementaux imposés par l’arrivée du bétail. D’autre part, elle examine le rôle central joué par les populations afro-descendantes dans l’entretien et la gestion des troupeaux, révélant ainsi des dimensions cruciales, mais souvent négligées des interactions sociales et économiques sous le régime colonial. En combinant des données biologiques et culturelles, cette approche interdisciplinaire enrichit non seulement notre compréhension des pratiques d’élevage et de subsistance, mais offre aussi de nouvelles perspectives sur les dynamiques de pouvoir et de résistance dans les Amériques post-colombiennes.

Cette présentation se situe au croisement d’un bilan historiographique et d’un plaidoyer en faveur d’une histoire de la vieillesse qui, il vaut mieux le préciser d’emblée, est plurielle. Des histoires, des vieillesses. La discrétion de l’histoire de la vieillesse (au sein des départements universitaires, des centres de recherche en sciences humaines et sur la place publique) s’explique notamment par le fait qu’elle est un champ de recherche assez récent qui se développe progressivement et assurément, mais sans grands éclats. Pourtant, interroger la vieillesse permet d’étudier de «grandes» questions de l’histoire sociale et de l’histoire des idées comme l’universalité, l’humanisme, les identités, la dépendance, le travail, la vulnérabilité, la marginalité, le féminisme, l’État Providence et tout l’héritage post-Lumières. L’histoire de la vieillesse permet aussi de déconstruire une foule d’idées reçues en les interrogeant dans la longue durée. Par exemple, exista-t-il réellement un «âge d’or» pour le vieil âge; celui qu’on se plaît à imaginer dans un passé un peu nébuleux lorsque l’on critique le présent? La vieillesse est-elle vraiment synonyme de passivité, de fragilité et de dépendance comme le veut cette image caricaturale brossée tant pour faciliter le contrôle d’une part de la population que pour fragiliser ses potentielles revendications? Le vieillissement représente l’un des chantiers majeurs de nos sociétés contemporaines et l’histoire de la vieillesse incarne assurément une voie prometteuse pour bien saisir les enjeux de cet objet d’études qui est tout autant objet d’interventions politiques et sociales. Cette conférence mobilisera le Québec comme terrain d’enquête principal, mais s’étendra au-delà.

De la fin des années 1990 au milieu des années 2000, nombre de publications portant sur le « modèle québécois » de gouvernance, dont l’avènement remonterait à la Révolution tranquille, en annonçaient la disparition progressive. Peut-on toujours, deux décennies plus tard et plus de 60 ans après l’avènement de la Révolution tranquille, parler d’un tel «modèle québécois»? La réponse est oui. Plutôt que de s’aligner sur la norme (néo)libérale canadienne ou encore nord-américaine, une crainte formulée par les opposants au libre-échange avec les États-Unis comme du «déficit zéro» dans les années 1990, le modèle québécois s’est affirmé et différencié encore davantage depuis le tournant du siècle. Bien que ses formes aient évolué de diverses manières, l’État demeure l’acteur central et le maître d’oeuvre du modèle québécois. L’objectif de notre présentation est ainsi de faire le bilan nuancé des évolutions du modèle québécois de gouvernance depuis la Révolution tranquille, d’en présenter les principales caractéristiques actuelles, mais également d’analyser les défis auxquels il est confronté à court et moyen termes.

Sous la gouverne du maître constructeur René-Nicolas Levasseur envoyé spécialement de France, le chantier naval royal de Québec construit à partir de 1739 une dizaine de navires de guerre. L’Abénaquise, une frégate exceptionnelle en avance sur son temps, a été conçue par le sous-constructeur canadien Louis-Pierre Poulin de Courval-Cressé. Exceptionnelle par sa taille, ses lignes, sa puissance de feu et sa vitesse, elle a attiré l’attention des lords de l’Amirauté britannique qui ont cherché à s’en inspirer. Le développement d’une expertise a permis la construction d’une « petite marine » sur les lacs Ontario et Champlain, permettant ainsi aux forces militaires de la Nouvelle-France d’avoir un avantage stratégique face aux Britanniques durant la guerre de la Conquête.

La présentation vise un double objectif. D’abord exposer la mission et les axes de la programmation de la Chaire de recherche Antoine-Turmel sur la sociologie historique de l’enfance et de la famille. Ensuite, partager quelques travaux qui soutiennent la chaire et qui portent sur la médicalisation de l’enfance, en mettant de l’avant la spécificité québécoise et le cas précis du diagnostic du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité. Le Québec est la province canadienne «championne» de la prescription de psychostimulants aux enfants et le recours aux diagnostics psychiatriques pour des symptômes comportementaux et des difficultés scolaires s’accroît de manière constante depuis au moins vingt ans.

Montréal, comme la plupart des villes occidentales, est marquée par des transformations énergétiques profondes au 20e siècle. Le lent remplacement du bois et du charbon au profit du pétrole, du gaz et de l'électricité transforme la présence matérielle de l'énergie, avec des répercussions importantes sur les pratiques de consommation des ménages. Cette conférence analyse l'invisibilisation graduelle des espaces de production, de stockage et de consommation d'énergie en ville. Dans un premier temps, elle décrit le fonctionnement du système énergétique de l'énergie physique basé sur le bois et le charbon et son incarnation dans l'habitat montréalais. Dans un second temps, elle s'intéresse à la contestation et aux critiques formulées envers ce système énergétique, restituées à travers les demandes d'octroi de permis de construction de cours à bois et à charbon. Dans un troisième temps, elle se tourne vers la diffusion des sources d'énergie distribuées en réseau, en particulier l'électricité, et ses effets sur les pratiques de consommation d'énergie domestique. Cette conférence propose donc une analyse sociale, matérielle et environnementale des effets des transitions énergétiques sur les villes ainsi que sur les personnes qui y vivent.

Si le Saguenay-Lac-Saint-Jean s’entend comme une région administrative et économique, située dans le moyen-nord de l’écoumène québécois, il existe aussi comme un espace culturel, produit d’une référence élaborée au long cours dans les représentations collectives. Peu étudiée à ce jour, cette référence n’en forme pas moins un puissant adjuvant au discours sur le développement régional saguenéen depuis plus d’un siècle. Elle se présente d’ailleurs comme un projet, esquissée surtout par l’élite régionale, à travers lequel s’expriment les visions d’un futur à instituer. Dans la suite des travaux de René Verrette sur la Mauricie et de Fernand Harvey sur la région culturelle, cette conférence propose une première incursion dans les processus de construction du régionalisme saguenéen, depuis ses premières apparitions au 19e siècle jusqu’à sa formalisation vers le milieu du 20e. Il s’agit, autrement dit, d’étudier la manière dont s’affirme le « territoire construit » du Saguenay à travers l’évolution d’un discours interprétatif sur la région par ses élites tant intellectuelles et culturelles qu’économiques et politiques. Dans l’intention d’élaborer une première chronologie du régionalisme saguenéen, ses modulations seront étudiées à travers une série de thématiques structurantes et récurrentes dans le discours de la presse régionale, soit la spatialité (régionalisme territorial), la temporalité (régionalisme historiographique), l’exploitation des ressources naturelles (régionalisme économique), l’iconographie (régionalisme symbolique) et le rapport d’altérité (alliant régionalisme démographique et autres particularismes).

Le territoire ancestral de Uashat mak Mani-Utenam regorge de sites exceptionnels. L’un de ces endroits est Kuakushuakanashkuat ka tshamishiht – Là où sont plantées les perches – au sud du lac Matinipi. Des générations d’Innus ont laissé des traces de leur passage dans ce site où sont plantées plusieurs perches utilisées pour la remontée des rivières. Discrètes mais bien tangibles sous les eaux de la rivière, ces perches sont encore visibles aujourd’hui et sont devenues un symbole identitaire. Une nouvelle génération veut voir ces témoins du passage de leurs ancêtres sur le territoire. Les jeunes Innus reprennent le chemin vers Kukushuakanashkuat ka tshimishiht pour connaître leur histoire, leur territoire et aussi pour le protéger. Notre présentation abordera l'un de ces voyages ayant eu lieu en août 2020 ainsi que la carte narrative produite pour documenter une partie de cette route traditionnelle innue.

1663 est un des moments phares de l'histoire de la Nouvelle-France et du Canada. C’est le moment où la Compagnie de la Nouvelle-France retourne la colonie à la couronne. Désormais sous l’autorité de Louis XIV et son ministre, Jean-Baptiste Colbert, la Nouvelle-France est devenue, dit-on, une province royale avec tous les pouvoirs qui y sont associés. Ce développement est habituellement étudié dans le contexte des événements survenus à l’intérieur de la colonie, les historiens ne prêtant que peu d’attention aux circonstances dans d’autres colonies à la même époque. Cette communication adopte une perspective atlantique, ce qui nous permet, dans un premier temps, d’expliquer pourquoi les structures de gouvernance se sont développés d’une telle manière et de voir des alternatives. Dans un deuxième temps, une perspective atlantique montre que l’établissement de l’autorité royale en Nouvelle-France a eu lieu dans un contexte plus vaste de réflexion, de collecte d’informations et d’expérimentation.

Immergés dans un nouvel environnement, les colons, voyageurs, missionnaires et auteurs de récits de voyage de la Nouvelle-France accordent fréquemment une large place à la description de la faune dans leurs ouvrages, soulignant sa diversité et surtout son abondance : Samuel de Champlain, Jacques Cartier, Gabriel Sagard, Pierre Boucher comme d’autres s’émerveillent devant le foisonnement d’oiseaux migrateurs, l’incroyable richesse halieutique du fleuve Saint-Laurent, ainsi que la multitude d’orignaux, ours, caribous, cerfs, renards, loups, castors ou chevreuils. Leur présence généreuse est associée au monde rural, sauvage, aux forêts boréales qui forment leur habitat. En revanche, les espèces animales indigènes sont beaucoup moins assimilées au milieu urbain au sein du paysage historiographique. La tendance d’un très grand nombre d’entre elles à se rapprocher de l’homme, joint à la proximité de la ville avec une faune terrestre, aviaire ou aquatique nombreuse, permet pourtant d’y supposer leur présence. Prenant pour cadre Montréal et surtout Québec, pour laquelle les informations sont les plus abondantes, cet article se penche sur les interactions entre la société urbaine coloniale et son environnement, entre 1663 et 1763. Il vise à mesurer à quel degrés la faune sauvage – essentiellement la tourte – joue un rôle dans la vie citadine et son organisation, faisant émerger des pratiques comme celle de la chasse dans l’espace urbain. La recherche permet donc de transposer une problématique généralement liée au monde rural vers un milieu au sein duquel elle n’est pas forcément associée, permettant de saisir, à travers les agents non humains, la manière dont une société s’approprie, façonne, gère et conçoit son espace.

Au XVIIIe siècle, les locaux dédiés à la police dans les villes sont rarement spécialisés : à Paris il faut aller trouver le commissaire de police à son domicile privé, dans d’autres villes les policiers disposent d’une salle unique dans l’hôtel de ville ou à proximité d’un tribunal. Pourtant, les polices connaissent alors en Europe, surtout après les années 1760 une croissance marquée par le développement des effectifs, la spécialisation des fonctions et la bureaucratisation croissante du métier. Les sources du bureau de police de Port-Louis, la capitale de la colonie royale d’île de France dans l’océan indien (île Maurice aujourd’hui), permettent d’imaginer la matérialité d’une pratique policière en plein développement, entre la promiscuité du local dédié et sa situation extrêmement commode au cœur administratif, commercial et social de la ville.

Cette présentation examine l’enchevêtrement des questions de race, d’habitation et de classe dans deux de ces quartiers durement touchés et qui se font face de part et d’autre du canal : Pointe-Saint-Charles et la Petite-Bourgogne. Le premier est un quartier ouvrier historiquement blanc avec une forte présence irlandaise et française et le second est un quartier multiracial qui est le foyer de la communauté noire anglophone de la métropole. Chaque quartier est le produit d’une histoire longue et diverse. Cependant, dans la période d’après-guerre, les localités ouvrières de toute l’Amérique du Nord ont été « déchirées ou laissées à la décomposition, parfois les deux ». Comme nous le verrons, Pointe-Saint-Charles a surtout été laissée à l’abandon par la suburbanisation et la désindustrialisation, jusqu’à ce qu’elle soit revalorisée par l’embourgeoisement. La Petite-Bourgogne, de son côté, a été déchirée par la rénovation urbaine et la construction d’autoroutes. Cette divergence historique a eu des conséquences profondes sur la manière dont le changement urbain a été vécu, compris et se trouve maintenant remémoré.

Cette communication vise à présenter le Répertoire des seigneuries du Québec, une base de données rassemblant de manière exhaustive et critique les informations fondamentales sur l'histoire seigneuriale laurentienne des origines jusqu'à 1940.
Afin de bien saisir les tenants et aboutissants de ce répertoire, la présentation va d'abord expliquer ses origines, soit les deux projets de recherche qui ont favorisé sa constitution. D'une part, les suites à long terme du projet de recherche de l'équipe d'Alain Laberge et de Jacques Mathieu de l'Université Laval sur les aveux et dénombrements de 1723-1745 et, d'autre part, le projet mené par Benoît Grenier à l'Université de Sherbrooke sur les suites et persistances du régime seigneurial après 1854.
Le Répertoire des seigneuries du Québec représente en fait la fusion des données de ces deux projets empiriques. La base de données ainsi constituée entend favoriser l'accès à des informations aussi exhaustives et définitives que possible sur l'histoire seigneuriale dans son entièreté.
La présentation du contenu du répertoire occupera la seconde partie de la communication. Il y sera question de son organisation en différents volets et de ses principales rubriques en insistant sur les objectifs visés, de même que sur les problèmes rencontrés dans l'élaboration de la base. La pertinence du répertoire relativement à d'éventuelles questions de recherche et les possibilités d'interactions entre les utilisateurs en ligne et les concepteurs du répertoire seront également évoquées.

Au Québec, l’expérience des familles placées sur des terres de colonisation durant la décennie 1930 demeure largement méconnue. On trouve pourtant des sources d’une grande richesse pour nous permettre de plonger dans leur quotidien et ainsi façonner une histoire sociale et régionale de la Grande dépression. C’est l’objectif de ma présentation qui porte sur l’une de ces sources, soit les requêtes rédigées par des citoyennes et des citoyens aux autorités étatiques et religieuses en milieux de colonisation. Le recours à l’écriture de ces lettres, que l’historienne Sheila Fitzpatrick a qualifiées de « publiques », est une pratique fréquente durant la Crise et permet aux familles de solliciter plus directement ces figures publiques afin d’obtenir l’assistance ou la charité, accéder à une terre ou solliciter une faveur, par exemple. Par le ton qu’elles adoptent et les stratégies épistolaires auxquelles ont recours celles et ceux qui les rédigent, ces lettres permettent d’observer un glissement dans le rapport qu’entretiennent les familles à l’État, ses représentants et ses politiques sociales. J’y soutiens l’hypothèse qu’en s’articulant dans une dialectique de droits et de devoirs, ces lettres témoigneraient de l’avènement, à l’échelle de ces territoires, de cette forme de citoyenneté que T.H Marshall a qualifiée de « sociale ».

L’automne 2022 constitue un moment charnière pour la recherche universitaire au Canada, avec le début de la mise en œuvre de la Politique des trois organismes sur la gestion des données de recherche. En vertu de cette politique, les chercheurs de toutes les disciplines scientifiques devront dorénavant soumettre, dans le cadre de leurs demandes de subvention, un plan de gestion de leurs données de recherche, en vue de les rendre accessibles au public. Si la plupart des universités se préparent à ce changement en mettant en place des dépôts numériques fiables (Dataverse) pour accueillir les futurs jeux de données, comment les historiens feront-ils face au défi de rendre leurs données de recherche réellement accessibles, c’est-à-dire de les rendre réutilisables par des collègues qui ne se posent pas nécessairement les mêmes questions qu’eux, sans parler du grand public?
Le projet Nouvelle-France numérique propose une réponse à cet enjeu en tâchant de développer un modèle de gestion des données de recherche adapté au traitement du patrimoine documentaire de toute sorte. Ce projet de recherche collaboratif et partenarial, qui regroupe des chercheurs de différents horizons intéressés par la Nouvelle-France ainsi que des centres d’archives, a pour objectif de fédérer les données de recherche de tous les chercheurs au sein d’une même infrastructure numérique, afin de rendre ces données interopérables et d’accroître les possibilités de traitement et d’analyse, notamment par le recours aux nouvelles technologies informatiques (dont l’intelligence artificielle).

Dans les années 1970, Hilaire Benoit est un des informateurs rencontrés par Robert Bouthillier et Vivian Labrie, à qui il a accepté de livrer son répertoire dans le contexte d'une collecte plus large de contes, chansons et autres faits de folklore, déposée ensuite aux Archives de folklore et d'ethnologie de l'Université Laval. Le répertoire recueilli auprès d'Hilaire Benoit inclut une version orale, contée en trois soirs, du Médecin des pauvres, un roman de cape et d'épée dont l'action se passe en Franche-Comté au 17e siècle, publié au 19e siècle par Xavier de Montépin, un auteur de feuilletons à succès, dont la famille Benoit a acquis un exemplaire dans les années 1920 à la faveur d'une édition publiée par la librairie Beauchemin. En 1983, cette version orale de plusieurs heures fait l'objet d'un mémoire de maîtrise dans lequel elle est comparée au roman. Elle est réveillée en 2022 à la suite d'un problème mineur de classement qui surgit dans le cours de la mise au point, facilitée par le CIEQ, d'une base de données visant à permettre éventuellement l'accès en ligne aux documents de la collection Bouthillier-Labrie, dans le cadre du projet « Trois siècles de migrations francophones en Amérique». Un voyage à venir en France éveille la curiosité d'en documenter plus attentivement le contexte historique, géographique et littéraire, compte tenu de la singularité de son apparition dans le répertoire d'un conteur acadien de tradition orale. Il s'avère que le roman de Montépin a fait l'objet entre 2017 et 2019 du tournage en Franche-Comté d'un long métrage dont le financement et le casting ont fait appel à la population locale. Et voilà que le réalisateur du film a l'occasion d'entendre à Lons le Saunier dans le Jura, depuis une base de données logée au CIEQ à Trois-Rivières, une version orale acadienne improbable recueillie en 1977 d'un roman dont l'histoire et les lieux font partie de sa culture depuis sa jeunesse.
La rencontre midi sera l'occasion de présenter de façon très préliminaire cet événement de parole sur plus de trois siècles et d'évoquer comment une recherche peut devenir partie prenante de l'histoire qu'elle raconte.

Alors qu'à ce jour le Québec n'a élu dans son histoire qu'un seul député Autochtone (depuis l'obtention de leur droit de vote aux élections provinciales en 1969), l'élection de 2022 apparaît comme un tournant historique avec un nombre record de candidat-e-s Autochtones présenté.e.s par les partis politiques (au moment d'écrire ces lignes, ils et elles sont au nombre de neuf). Cette présentation fera un état de la situation en présentant des données originales sur l'élection provinciale de 2022.

La Colombie-Britannique reste une province marginale du Canada lorsque les Francophones européens cherchent à émigrer au Canada, au moment de la période dite de la Grande migration transatlantique (1870-1914). La région est difficile d’accès, éloignée du reste du Canada, et surtout très anglophone. Dans le cadre de cette conférence, nous nous intéresserons tout d’abord à la manière dont cette province est présentée dans les brochures destinées aux colons francophones (atouts, attraits, critiques). Puis à partir de l’analyse des recensements, nous étudierons la minorité de colons francophones qui s’y installent entre 1871 et 1914. De quel pays francophone partent-ils et pour quelles raisons (France, Belgique, Suisse ?), quelle est leur origine sociale, s’agit-il de migrations en chaîne ou bien de migrants isolés ? Quel est leur parcours migratoire en Colombie-Britannique ? Comment s’intègrent-ils dans cette société anglophone ?

Interroger les archives d’en bas, ce n’est pas seulement regarder les archives de l’en bas, c’est aussi, et surtout, explorer les marges (de l’archivistique) pour éclairer la manière dont elles sont habitées et vécues. Regarder les archives d’en bas revient alors à décentrer le regard, à interroger les processus de domination mais surtout les mouvements émancipateurs et l’agentivité qui animent ou sont au cœur des archives et de certains projets d’archivage alternatifs.
La question qui animera la conférence sera donc celle de cet « en bas » que l’on se propose d’explorer dans le cadre du projet québéco-français Autres archives, autres histoires : Les archives d’en bas au Québec et en France. Appliquée aux archives et à l’archivistique, l’expression pose la question de sa définition. Plusieurs pistes de réflexions que nous souhaitons ouvrir, en dialogue avec les chercheurs du CIEQ, se proposent à nous : De quelles archives parle-t-on ? Quelles sont ou quelles seraient des pratiques d’archivage par en bas ? Depuis quelle place regarder ces archives et ces pratiques ?

La conférence portera sur les correspondances et journaux personnels comme traces de la langue et de l’histoire des francophones d’Amérique du Nord. En partant des correspondances familiales, surtout du 19e et du début du 20e siècle, la conférence s’intéressera à différentes trajectoires de familles québécoises, franco-ontariennes et acadiennes, en posant la question du maintien du français. Nous nous pencherons plus particulièrement sur les journaux de voyage de Charles Morin, charpentier né en 1849 dans une famille d’agriculteurs de Deschambault au Québec, qui quitta sa paroisse natale et « voyagea » pendant plus d’une décennie au Canada et aux États-Unis avant de se fixer à Argyle au Minnesota où il mourut en 1922. Les deux versions des journaux de Charles Morin permettent de documenter des pans de la migration des Canadiens français entre 1840 et 1930 et révèlent également comment la langue peut devenir un puissant révélateur de la représentation qu’un individu cherche à donner de soi.

Dans les dernières décennies du XIXe siècle, l’industrie laitière transforme l’agriculture québécoise. Les agriculteurs commencent à produire des quantités importantes de fromage pour le marché britannique. Dans les années 1890, plus de la moitié des importations britanniques du fromage proviennent du Canada, et le Québec fournit plus de la moitié de cette production. Cette présentation traitera de l’impact environnemental de ce marché lointain sur le territoire québécois, en mobilisant le concept d’«hectares fantômes» (K. Pomeranz). Pour mieux répondre aux choix des consommateurs britanniques et sous l’influence des gouvernements québécois et canadien, les agriculteurs adoptent de nouvelles cultures, élèvent des races bovines nouvelles et modifient la structure de leurs fermes. Cette recherche fait partie d’un projet collaboratif avec Stéphane Castonguay, Michèle Dagenais et Jim Clifford.

Au fil des ans, la recherche au Centre interuniversitaire d’études québécoises (CIEQ) a produit de vastes corpus de données historiques et spatiales provenant de sources variées : recensements nominatifs, rôles d’évaluation, bottins d’adresses, plans d’assurance-incendie, cartes topographiques, etc. Depuis quelques années, l’équipe des professionnels du CIEQ, en collaboration avec les chercheurs et avec l’aide d’assistants de recherche, a oeuvré à intégrer cette multitude d’informations à un SIG-Historique. Aujourd’hui, cette infrastructure met en relation une centaine de bases de données, des milliers de cartes et de plans géoréférencés, ainsi que des centaines de couches vecteurs produites dans le cadre de nos projets de recherche. Notre présentation du SIG-Historique vise à mettre en lumière tout le potentiel de cette infrastructure collaborative pour la recherche, l’enseignement et la diffusion. Il s’agit également d’une invitation aux chercheurs et aux étudiants du Centre à l’exploiter et à l’enrichir.

Pendant longtemps, l’historiographie de la guerre de Sept Ans s’est portée presque exclusivement sur les grands personnages militaires et les grands moments de ce conflit. Ce n’est que récemment que de rares études se sont tournées sur la population civile. Par exemple, dans un chapitre portant le titre de Jean-Baptiste s’en va-t-en guerre, Louise Dechêne penchait son regard sur le vécu des colons. Néanmoins, l’apport des femmes pendant cette guerre continue d’être un angle mort de ce genre d’études. Il n’y a pas de quoi s’en étonner : avant la fin du Régime français, la guerre telle que menée en Nouvelle-France n’était pas favorable à la présence de femmes. La soudaine évolution de la pratique militaire coloniale à la fin des années 1750 élargira leurs rôles sur le front. Cette communication portera sur les défis à surmonter et les pistes à suivre pour retracer l’expérience des Françaises et des Canadiennes qui suivent l’armée en campagne à cette époque.

De nombreuses études examinent la manière dont les couples gèrent leurs ressources économiques durant leur union, révélant des inégalités intrafamiliales parfois importantes. Mais comment les couples se préparent-ils financièrement à l’éventualité d’un décès? Grâce à des données de sondage (N : 3, 246) récoltées en 2015 auprès de couples québécois, nous montrons que la majorité des personnes mariées comptent leur conjoint ou conjointe parmi leurs héritiers en cas de décès, mais que ceci est vrai uniquement pour une minorité (22%) de personnes en union de fait. De plus, nous analysons comment la présence d’enfants d’union antérieures module le risque d’inclusion du ou de la conjointe comme bénéficiaire de la succession et découvrons des différences importantes selon le genre et le fait d’être marié ou en union libre. Nos résultats invitent à des réflexions concernant la situation des conjoint(e)s non-marié(e)s au sein des lois successorales du Québec, dans un contexte marqué par le recul du mariage et la croissance des recompositions familiales.

L'histoire des Canadiens français a commencé il y a quatre siècles lorsque les premiers colons français sont arrivés sur les rives du fleuve Saint-Laurent et, génération après génération, se sont progressivement étendu le long de ses affluents. Alors que la majorité des Canadiens français d'aujourd'hui tirent leur ascendance de ces premiers colons, nous avons déterminé que la majorité de la variation génétique parmi les Canadiens français est expliquée par des évènements qui ont eu lieu par la suite.
Dans ce webinaire, nous explorons l'impact de la topographie géographique sur la population canadienne-française en utilisant une combinaison de données génétiques (CARTaGENE) et généalogiques (BALSAC). Nous montrons comment les réseaux fluviaux ont influencé les migrations historiques et la parenté actuelle des gens à travers le Québec. Nous montrons également comment cette généalogie capture avec précision la structure de cette population au point où les simulations de génome informées par la généalogie sont presque identiques aux données réelles. Cette étude relie les généalogies familiales à la structure continentale des populations et relie les modèles théoriques et la démographie historique.

L’utilisation non traditionnelle d’archives par différents types d’utilisateurs met en exergue différents éléments qui sont propres à ces dernières, mais qui ne sont toutefois pas pris en considération dans la littérature archivistique : les caractéristiques de l’inutilité, de l’exclusion, de l’accumulation, de la transgression inhérentes aux archives ou encore leurs qualités monstrueuses et spectrales. Ces caractéristiques, exploitables, interrogent notre façon de considérer les archives et met en lumière un impensé archivistique, une dimension des archives constituée d’une série d’angles morts dans les réflexions disciplinaires qui vient remettre en question les principes fondamentaux de l’archivistique, tels que la valeur des archives et le rôle des fonctions d’évaluation, de préservation et de diffusion. Cet impensé archivistique ouvre dès lors un vaste terrain d’exploration épistémologique pour l’archivistique contemporaine. Si, de manière générale, les archives sont mises en relation avec l’histoire et la mémoire, que peut révéler la prise en charge de cet impensé ? En partant de ce point de vue, quels autres aspects de la discipline peuvent être mis en exergue ? Qu’avons-nous oublié ? Qu’omettons-nous de prendre en charge ? Qu’est-ce que nous ne voyons pas ?

Institutions sanitaires méconnues, gommées par la généralisation de la salle de bain au tournant des années 1950-1970, les bains publics sont pourtant des indicateurs précieux d’une histoire de l’hygiène corporelle dont on peut souligner la récence. Destinés par leur coût – le plus modeste possible – à la population la plus large possible, ils nous racontent la propreté des corps ordinaires. Propreté pour tous ? Les inégalités se cachent dans les détails. En Belgique, pour un long 20e siècle, classes sociales et genres partitionnent et discriminent à l’intérieur des bains publics.

Depuis 25 ans, l’historiographie de la police s’est considérablement transformée. Ce renouveau, parti de la sociologie et de l’histoire contemporaine, a fortement mobilisé certain.e.s historien.ne.s de l’époque moderne, en particulier celles et ceux du Siècle des Lumières, dans le sillage de travaux majeurs, mais plus anciens, intéressant l’histoire sociale, l’histoire urbaine, l’histoire de la justice (E.M. Benabou, A. Farge, S.L. Kaplan, D. Garrioch, D. Roche, M. Porret, etc…).
Comment restituer, hors du seul champ académique et à destination d’un large public, les avancées de la recherche, l’évolution des questionnements, le progrès des connaissances autour d’un sujet – la police – qui, même éloigné dans le temps, suscite débats et passions ? Que dire de la rencontre entre la police, souvent réduite à sa dimension coercitive, et les Lumières, assimilées à une promesse de progrès et d’émancipation ?
Au-delà, la préparation d’une exposition « d’archives » exige de s’interroger sur les manières de rendre accessibles et vivants les documents qui font l’ordinaire du travail de l’historien. Plus de deux cents d’entre eux, principalement conservés aux Archives nationales et à la Bibliothèque nationale de France, mais aussi venus de dépôts provinciaux, parfois de l’étranger, ont été sélectionnés et montrés au public pour la première fois. Quels choix scénographiques ont été faits ? Quelles contraintes ont dû être résolues ? Cette présentation veut évoquer les multiples aspects d’un travail d’équipe mené sur plusieurs années et les formes de valorisation (catalogue imprimé, vidéos, bulles sonores, film) auxquelles l’exposition, perturbée par la pandémie du Covid, a donné lieu.

In this informal zoom talk, I will introduce how we have integrated two major research projects together to study the migration of French-Canadians to Michigan’s Keweenaw Peninsula during the period of 1870-1940. The CIEQ affiliated and SSHRC sponsored Trois siècles de migration francophones en Amérique du Nord and the US National Endowment for the Humanities sponsored Keweenaw Time Traveler projects are together building a robust space-time linked digital archive known as a historical spatial data infrastructure to map and model the migrations and social mobility of French-Canadians as they moved to the Keweenaw to engage in the region's copper mining boom. Our deep mapping approach integrates qualitative and quantitative data and materials together to aid in research discoveries and to support local heritage organizations to tell the stories of French-Canadian heritage in the region.

La Seconde Guerre donne lieu à un transfert historique d'hégémonie culturelle et intellectuelle depuis l'Europe vers les États-Unis, devenus un nouveau refuge pour les arts, les lettres et les sciences. Au Québec, ce basculement concourt à un décrochage métropolitain face à la France mais aussi, à une revalorisation de la référence américaine, longtemps tenue en suspicion. Dans la sphère du savoir et de la culture, plusieurs jeunes intellectuels seront ainsi incités à tourner leur regard vers l’Amérique, sinon à aller en faire l’expérience concrète, avant de revenir, transformés, au Québec. Le séjour d’étude effectué par Michel Brunet aux États-Unis entre l’automne 1947 et l’été 1949 apparaît comme un témoignage significatif de la nouvelle curiosité que suscite le pays de l’oncle Sam auprès d’une nouvelle génération d’étudiants et d’intellectuels. Boursier Rockefeller, Brunet y complètera une formation doctorale en histoire à l’Université Clark, au Massachusetts, en plus de réaliser une tournée des grandes universités du sud et du centre des États-Unis durant laquelle il se fera, en quelque sorte, ambassadeur culturel du Québec français. Durant ce séjour, qu’il vivra selon ses propres mots comme une période d’« incubation intellectuelle », l’historien en devenir tiendra un journal de voyage et une abondante correspondance dans lesquels il consignera tous ses déplacements, ses rencontres, ses émotions mais aussi, ses impressions sur l’Amérique d’après-guerre et, par effet de miroir, sur un Québec en mutation. Nous nous pencherons sur cette double perception, celle de l’autre et du soi, explicitée dans le récit de voyage de Brunet, que nous examinerons particulièrement en fonction du statut social d’universitaire, des expériences, des attentes et des stratégies institutionnelles de Brunet. En effet, le séjour de découvertes américaines, loin d’être seulement contemplatif, est le terreau d’actions symboliques et pratiques afin de faire connaître le milieu universitaire canadien-français aux États-Unis et de préparer la carrière du futur professeur.

Dès la fin du XIXe siècle, les militantes féministes françaises se lancent dans un travail d’accumulation de traces documentaires et archivistiques. Pour autant, les initiatives restent limitées et autodidactes jusqu’à la création, au tournant des années 2000, du Centre des archives du féminisme. Les archives, même préservées, sont pourtant exposées au risque de disparition et à une forme de «violence archivale» institutionnelle (Derrida). Si l’existence de projets d’archivage interroge les rapports que les féministes entretiennent avec les archives et ceux que les institutions entretiennent avec les marges, il est également intéressant d’analyser, par le prisme des fonds d’archives, les logiques d’usage des féministes, c’est-à-dire les processus intellectuels d’appropriation de l’acte d’archiver, entre militantisme continué et enjeux collectifs ou individuels. Les féministes créent des archives qu’elles contextualisent et réutilisent. Elles ont développé des stratégies de diffusion et d’aide à la recherche. Les fonds favorisent l’existence de récits, créant ou maintenant un sentiment identitaire où tous et toutes, militant.e.s, professionnel.le.s de l’information et de la conservation, usager.e.s, trouvent leur place.

Nous prenons souvent pour acquis que les Canadiens français furent plus réticents que les Canadiens anglais à s’enrôler volontairement au Corps expéditionnaire canadien (CEC). Pourtant, plusieurs spécialistes, tels que Jean Martin et Christopher Sharpe, ont récemment remis en question cette affirmation. Dans bien des cas, les francophones provenant des groupes minoritaires se sont enrôlés en tant qu’individus ou en petits groupes dans les bataillons anglophones de leurs régions. Cet enrôlement fut d’ailleurs l’un des facteurs motivant la création d’un bataillon national acadien – le 165e – à la fin de l’année 1916. À partir des dossiers militaires et des recensements canadiens de 1911 et de 1921, disponible depuis peu, il est maintenant possible de reconstituer les parcours de la majorité des soldats du 165e bataillon et de mieux comprendre l’importance de l’identité et de la mobilité au Canada français à l’époque de la Première Guerre mondiale.

Cette présentation porte sur les expériences des mères francophones migrantes qui vivent à Kingston, Ontario. Elle s’intéresse aux façons dont la maternité, la minorité linguistique, les histoires de migrations, et l’affiliation à l’armée se combinent dans les vies de ces mères et façonnent divers horizons spatiaux de possibilités et d’impossibilités. Elle s’attarde particulièrement aux vécus des mères qui sont conjointes civiles de militaires. Elle établit une relation entre l’exceptionnalité de leurs vies à Kingston et l’exceptionnalité des lieux francophones dans un contexte d’écrasante majorité anglophone. Son analyse met en évidence la vulnérabilité inhérente à ces vies et ces lieux.

Cette présentation prend comme point de départ l’évènement dit de « la crise des isotopes », survenu entre 2008 et 2011, pour retracer la trajectoire historique de la branche médicale de l’industrie nucléaire canadienne. La « crise des isotopes » renvoie à un risque de pénurie mondiale d’isotopes, des produits radioactifs massivement utilisés en médecine dans des protocoles d’imagerie ou de traitements, dont le Canada a longtemps dominé le marché mondial. Cet évènement a pourtant marqué le retrait du Canada de cette industrie, choix que le gouvernement fédéral a justifié à chaud par la défaillance technique de son système de production. Or, en analysant les causes réelles de cette crise, on s’apercevra que celles-ci sont plutôt ancrées dans des décisions politiques et des choix économiques bien plus anciens qui ont inexorablement mené cette industrie de pointe, portée par l’entreprise publique Énergie atomique du Canada limitée, à sa disparition.

Apparue en 1968, la Cross Channel Intelligence Conference (CCIC) est un lieu de rencontres entre policiers actifs autour de la Manche. Son analyse illustre la difficile mise en œuvre d’une coopération destinée à faire échec à une criminalité «mobile» alors que les agents de l’ordre sont «contraints» par les frontières. Se définissant comme un Club policier informel, la CCIC a un statut ambigu au sein des appareils policiers nationaux, «internationaux» et des enjeux de la construction européenne. Nous y observons comment l’échange d’informations, pratiques et savoirs policiers participe (ou non) à la construction d'une définition de la sécurité et de l'insécurité effaçant les frontières.

La présente communication s’intéresse à l’effet de l’origine nationale sur l’insertion économique de deux cohortes d’immigrants arrivés au Québec en 1989 et 1999 et résidant dans la grande région de Montréal. Elle s’appuie sur l’exploitation des données de la Banque de données longitudinales sur les immigrants (BDIM). Elle montre que, contrairement à ce qu’avaient observé Renaud, Piché et Godin (2003) à propos d’une cohorte d’immigrants s’étant établi à Montréal à la fin des années 1980, l’effet de l’origine nationale ne semble pas s’être dissipé avec le temps. Dix ans après leur arrivée, certaines origines nationales performent toujours moins bien que les immigrants européens et nord-américains sur le marché du travail, gagnant notamment des revenus moins élevés. Quelques hypothèses sont faites pour expliquer ces résultats divergents.

Avant les années 1960, les hôpitaux psychiatriques québécois étaient, pour l’essentiel, entre les mains de femmes, religieuses ou laïques. Mais, avec la Révolution tranquille, ces dernières furent écartées des administrations, au profit des médecins psychiatres, et ainsi renvoyées à une position de simples subalternes. Ce fut le cas de Charlotte Tassé (1893-1974), garde-malade laïque et directrice propriétaire de l’Institut Albert-Prévost, un des principaux centres de soins et de formation psychiatrique du Québec. En 1964, à la suite d’une commission d’enquête et de tractations menées avec le gouvernement Lesage par un certain Camille Laurin (1922-1999), elle fut mise au ban de cette institution montréalaise où elle œuvrait pourtant depuis plus de quarante ans. C’est cette histoire, peu connue, mais pourtant représentative du sort que subirent nombre de femmes soignantes pendant la Révolution tranquille sur laquelle je souhaite revenir au cours de cette conférence.

En 2019-2020, l’Église catholique célèbre le 150e anniversaire du premier concile œcuménique du Vatican. Convoqué par Pie IX dans le but de «pouvoir trouver [...] les remèdes indispensables contre les si nombreux maux qui oppressent l’Église», il s’ouvrit le 8 décembre 1869 et fut suspendu - en raison de la guerre franco-allemande - le 20 octobre 1870. Au cours de ce concile, deux constitutions furent promulguées: la constitution Dei Filius (24 avril 1870) et la constitution Pastor aeternus (18 juillet 1870) qui définit notamment l’infaillibilité pontificale. Dans cette communication, Philippe Roy-Lysencourt propose de présenter l’histoire de ce concile, qui s’est tenu dans un contexte géopolitique difficile, de même que la teneur doctrinale des documents qui furent promulgués.

En revenant sur les conclusions principales de l’ouvrage Au risque de la conversion. L’expérience québécoise de la mission au XXe siècle, cette communication vise l’atteinte de trois objectifs. Dans un premier temps, nous brosserons un aperçu de l’effort missionnaire québécois, en portant une attention particulière au rôle des religieuses dans ce déploiement. Dans un second temps, nous nous attarderons à la manière dont cette expérience, inscrite dans un contexte transnational, a contribué à l’émergence de tendances déterminantes pour l’avenir du christianisme contemporain. Dans un dernier temps, nous proposerons de poser un regard davantage patrimonial sur cette expérience, faisant ressortir au passage les manières dont elle fut porteuse de transferts socio-ecclésiaux dont le Québec, autant sa société que son Église, a largement bénéficié.

«Créatures des provinces»: cette expression est fréquemment utilisée pour décrire l’absence d’autonomie des municipalités dans l’ordre constitutionnel canadien. Pourtant, à partir de la fin du XIXe siècle, différentes associations municipales sont mises sur pied pour opposer à cette expression un autre adage, bien plus ancien: «l’union fait la force». Dans le cadre de cette conférence, Harold Bérubé explorera l’histoire d’une de ces associations – l’Union des municipalités du Québec – qui fête cette année ses 100 ans. Il mettra plus spécifiquement l’accent sur l’histoire complexe des rapports du monde municipal québécois avec l’État provincial durant cette période. On verra que, loin de se contenter de leur statut de «créatures», les municipalités québécoises ont lutté sans relâche – et parfois avec beaucoup d’audace – pour se doter d’un certain degré d’autonomie.

Les transformations des régimes démographiques ont joué un rôle de premier plan dans les changements économiques, sociaux et culturels qu’a connus le grand ensemble que forme le Canada français aux XIXe et XXe siècles. Le développement et l’exploitation d’infrastructures de recherche de pointe, développées en grande partie au Centre interuniversitaire d’études québécoises (CIEQ), permettent le renouvellement des perspectives de recherche des comportements démographiques (fécondité, nuptialité, mortalité et migration) des populations à l’échelle nord-américaine. La conférencière propose ici un bilan et une prospective des recherches sur les dynamiques de populations canadiennes-françaises qui combinent les grandes catégories d’analyse que sont l’espace et le temps et qui multiplient les croisements d'échelles (familiale, locale, régionale ou provinciale).

Depuis trois ans, de nouveaux travaux portant sur l’émigration canadienne-française aux États-Unis et son impact sur les populations canadiennes et américaines aux XIXe et XXe siècles ont été mis en chantier par le biais de l’exploitation des récents corpus entiers des microdonnées des recensements historiques. La conférencière présentera dans un premier temps un bref éventail des projets rattachés au projet « Du Québec aux États-Unis, nouvelle étude sociodémographique de l’émigration canadienne-française, 1850-1970 » qu’elle dirige et lesquels sont également liés au projet de partenariat «Trois siècles de migrations francophones en Amérique du Nord, 1640-1940» (Y. Frenette). Dans un second temps, les attributs spécifiques des immigrantes aux États-Unis seront abordés au moyen d’une double comparaison avec les femmes canadiennes-françaises restées au Canada et avec les hommes canadiens-français ayant immigré aux États-Unis.

L’homicide n’est à n’en pas douter le crime par excellence ayant le plus de résonance dans la société. Sa gravité mais aussi son pouvoir captivant en fait le sujet de prédilection de bon nombre de journaux ou de reportages télévisés. L’homicide est aussi un objet d’histoire: la violence interpersonnelle est un révélateur des tensions internes à une société qui, comme celle du Québec à l’époque, connaît de profonds changements.
Cette conférence s’efforcera d’être une première vue d’ensemble de notre étude, à l’aide d’analyses statistiques préliminaires sur des années d’échantillonnages, afin d’exposer des hypothèses de continuité mais aussi de divergence dans le temps. Loin de la quête de sensationnalisme d’un lecteur avide de dépêches, nous verrons pourtant l’importance de l’hebdomadaire québécois Allô Police de par sa fiabilité et ses précieux renseignements sur les circonstances entourant ces crimes.

Après le long déclin de la navigation fluviale (transport des hommes et des marchandises), entre le début du XIXe siècle et le milieu du siècle suivant, de nombreuses communes riveraines du fleuve Charente sont entrées en léthargie, abandonnant les infrastructures liées à l’ancien trafic et perdant un nombre croissant d’habitants. Associations et pouvoirs publics se sont mobilisés à partir des années 1990 pour redynamiser ces territoires sur les plans économique et démographique. Dans ce cadre-là, le tourisme culturel est apparu comme une solution d’importance stratégique, le patrimoine (matériel et immatériel) devenant peu à peu une priorité au service du développement local. Structuré autour d’inventaires patrimoniaux, de recherches historiques et anthropologiques, d’activités aquatiques et événements culturels, le processus de revitalisation se poursuit encore aujourd’hui. Pour drainer davantage de «visiteurs-consommateurs», face à une concurrence croissante, il tend même à s’accélérer, avec une adaptation permanente aux mutations du secteur touristique (modification des pratiques, avec un besoin renforcé de « nature » ; valeurs écologiques de plus en plus fortes; montée en puissance du «slow tourism» et du tourisme fluvestre) et la volonté de faire du fleuve la «colonne vertébrale» de la découverte des territoires, ses abords étant utilisés comme autant de ramifications ou de points d’appui pour poursuivre la visite.

Le Canada du milieu du XIXe siècle est une destination peu commune pour les émigrants français. Depuis la Conquête, les relations entre l’ancienne colonie et la France sont quasi inexistantes. Malgré tout, deux frères, Louis et Antoine Vaugeois, traversent l’océan pour s’installer dans les terres d’un territoire encore sauvage de la Haute-Mauricie. Natifs de Domfront, en Normandie, ils sont issus d’une famille d’artisans. Hommes affables, ils racontent volontiers leurs parcours qu’ils enjolivent. C’est ainsi qu’un mythe familial est né, leur attribuant un passé privilégié. Les nombreux actes notariés, d’étonnants procès et des faillites dressent le portrait d’une famille loin des idéaux familiaux, mais néanmoins singulière. À travers l’histoire des Vaugeois se dressent une époque et un territoire, ceux des pionniers du milieu du XIXe siècle.

L’histoire de la lutte pour le suffrage féminin a été un thème largement abordé dès les premiers balbutiements de l’histoire des femmes dans les années 1970. Cette histoire est cependant demeurée morcelée, éparpillée dans divers articles et ouvrages qui ont abordé la question en privilégiant différentes époques et surtout différents angles d’analyse. De fait, Repenser la nation constitue la première synthèse de l’histoire du droit de vote des femmes au Québec, peut-être parce qu’il apparaissait inutile d’y revenir, tout ayant déjà été dit. Sans prétendre renouveler totalement l’image que l’on s’est faite de cette histoire, ce livre, qui repose sur les études disponibles, mais aussi sur de nouvelles recherches, fait le pari qu’une étude sur le long terme, alimentée par les concepts que l’histoire des femmes et du genre ont développés ces dernières décennies, apporte des retouches essentielles au portrait d’ensemble.

Dans le système des âges, l’adultéité représente la norme à partir de laquelle les autres âges sont évalués. Elle incarne également un statut de pouvoir auquel sont attachés des droits, des ressources et de l’autorité. Les personnes sous curatelle sont des adultes à qui l’on retranche des droits normalement attribués aux individus de cette catégorie d’âge. En intervenant sur des groupes considérés comme «non-adultes», les lois participent ainsi à construire l’adultéité en définissant, en creux, ce que cette catégorie n’est pas.
Cette communication propose de suivre les développements de la loi sur la curatelle publique québécoise depuis son institutionnalisation en 1945 afin de saisir les marqueurs sociaux de l’adultéité. A cette époque, le curateur public agissait comme curateur d’office des aliénés non interdits placés dans les asiles d’aliénés de la province. L’analyse des textes législatifs, des débats parlementaires de l’Assemblée nationale et de ses commissions montrent comment les catégories cibles de ce dispositif ont changé de nom et de position sociale au fil des ans.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la monarchie française a collecté un nombre impressionnant de documents géographiques décrivant ses colonies. Ces documents de diverse nature ont circulé depuis la périphérie d’un empire colonial jusqu’à son centre et ont fourni à l’État des informations d’utilité variable sur les voies de communication, sur l’état d’occupation du territoire, voire sur l’espace géographique à conquérir. Par l’examen du contexte de production de quelques documents emblématiques, nous verrons toutefois que l’intervention de l’État est loin d’être constante. Les exemples tirés des archives démontrent que la précision accrue n’est pas automatiquement recherchée par les contemporains. La carte géographique est d’ailleurs souvent utilisée comme élément de discours sur le territoire. En examinant de près l’histoire de la carte coloniale, nous découvrons non pas le récit d’un cumul linéaire et progressif des connaissances, mais une constellation d’individus cheminant au gré de contingences impériales, locales et personnelles.

Les pratiques chansonnières sont difficiles à appréhender à l’époque coloniale, dans la mesure où elles revêtent une dimension essentiellement orale et laissent donc peu de traces dans les archives. Leur étude constitue pourtant un observatoire privilégié pour étudier les processus de transferts, d’appropriation, de transmission et de renouvellement dans une perspective sociale et culturelle. Les mécanismes de circulations orales des chansons sont particulièrement riches d’enseignements dès lors qu’ils sont intégrés à la dynamique plus vaste des échanges entre Europe et Amérique, de la Louisiane à l’Acadie en passant par les Caraïbes et la vallée du Saint-Laurent.

Depuis une dizaine d’années, le Canada a effectué de nombreuses révisions de sa politique migratoire. Le changement le plus visible est sans doute l’augmentation du recours aux migrants à des fins d’équilibre à court terme du marché du travail. La situation et l’expérience des migrants des secteurs agricoles et de l’aide domestique, plus particulièrement, ont généré un grand nombre de travaux de recherche. Dans ce corpus, un consensus se dégage: les travailleurs temporaires peu qualifiés vivent des situations de précarité créées par la nature même des programmes qui les rendent vulnérables. S’appuyant sur une exploitation de données quantitatives et une analyse de données qualitatives retraçant le parcours de personnes ayant eu le statut de «travailleur qualifié temporaire» au Québec au cours de la période 2008-2016, la présente communication examine quelques répercussions du statut de résidence temporaire sur la vie de ces personnes. L’argument défendu est que le statut de résident temporaire, indépendamment du niveau de qualification et des droits différenciés qui y sont associés, est source d’inégalités entre travailleurs immigrants et temporaires (analyse quantitative) et de précarité (analyse qualitative). Ainsi, nos résultats soulignent des effets négatifs d’un régime migratoire accordant une place croissante aux travailleurs temporaires.

Des années 1970 jusqu’aux années 2000, divers travaux ont soulevé l’absence voire le rejet de la forêt dans l’imaginaire collectif québécois. Or, les débats entourant la réforme des politiques forestières qui ont investi l’espace public au tournant du XXIe siècle ont propulsé à l’avant-plan l’enjeu des représentations, et notamment l’importance des référents historiques comme lieu commun identitaire. La société québécoise pourrait même se définir comme «peuple forestier». Une identité qui se cristallise dans la première moitié du XXe siècle, notamment par le croisement de la science et de la littérature à travers lesquels s’exprime un patriotisme territorialisé dans l’espace forestier. En contrepartie, l’État québécois, pourtant initiateur des conditions d’émergence de ce discours, peine à assumer pleinement son rôle de propriétaire et de gestionnaire de la ressource forestière, à se considérer comme un «État forestier».

Historien majeur du Québec contemporain, Jean Hamelin n’en demeure pas moins une figure négligée de l’historiographie, conséquence possible de son embrigadement rétrospectif – et précipité – à une fantomatique «école de Québec». En outre, la grande modestie du personnage dessinerait, selon le mot de Nicole Gagnon, le profil d’un « savant iceberg » qui aurait «pris autant de soin à dissimuler sa haute taille que d’autres peuvent en mettre à se faire un nom sur la place publique 1». Et pourtant, l’héritage de l’historien est pluriel et à situer tant du côté des nombreux chantiers de recherche qu’il a ouverts (histoire économique, histoire politique, histoire du travail, histoire de la presse, histoire des idéologies, histoire religieuse), que de l’animation de la vie scientifique, de son engagement pédagogique et de son réformisme universitaire. De même, l’œuvre écrite est loin de suivre une trajectoire intellectuelle rectiligne. Partie du déterminisme structurel de l’histoire socio-économique, elle cheminera progressivement vers une histoire plus humaniste, recentrée sur le sens de l’expérience humaine et le sort de la culture. Évoluant dans une tension structurante entre deux lectures, positive et négative, de la modernité québécoise, l’œuvre d’Hamelin offre un riche témoignage sur les mutations de la profession historienne au Québec et sur l’évolution plus large de son climat intellectuel après les années 1960.

Étienne Gilson (1884-1978), universitaire de renommée mondiale pour ses travaux en histoire de la philosophie médiévale, fut aussi très engagé dans les affaires du siècle. Prisonnier de guerre en Allemagne, il est l’un des premiers à décrire les horreurs de la famine en Ukraine (1922). Il crée l’Institut d’études médiévales de Toronto, publie des centaines d’articles dans la presse quotidienne et participe aux conférences fondatrices de l’ONU. Au seuil de la Guerre froide, il n’est ni pour Sartre, ni pour Aron, et prône, lors de la signature des accords de l’OTAN, la neutralité et le non-alignement de l’Europe. Intellectuel chrétien, au plein sens du terme, il permet de comprendre comment l’on passe d’un modernisme critique d’avant la Première Guerre mondiale à un thomisme libéral et à Vatican II, avant de donner la mesure de la crise post-conciliaire. Étienne Gilson entretient un lien étroit et spécifique avec l’Amérique du Nord : il fut professeur à Harvard, directeur de l’Institut d’études médiévales de Toronto, longtemps également directeur de l’Institut Scientifique Franco-Canadien. C’est ce lien étroit qui sera plus particulièrement présenté.

Le 12 mars 1945, la tragédie frappe la famille Dubreuil de Taschereau, en Abitibi. Le patriarche Joseph Dubreuil, propriétaire d’un atelier de bois, vient de rendre l’âme dans des circonstances nébuleuses. Sonnés, les quatre fils dispersés fondent Dubreuil et Frères Limitée, certes pour mettre en œuvre les apprentissages enseignés par leur père, mais aussi pour soutenir leur mère. Or, la difficulté de décrocher une concession forestière en Abitibi mène les frères à accepter des contrats dans le Nord-Est ontarien dès 1947. L’année suivante, le gouvernement de l’Ontario invite des jobbeurs canadiens-français à récolter le bois calciné par un brasier qui vient de dévaster la vallée de la rivière Mississagi, tâche que les grandes entreprises ont refusée. En dépit de la difficulté de la tâche, quelques familles en profitent pour propulser leurs petites entreprises et en faire des organisations considérables. Les Dubreuil ont la particularité d’avoir fondé un village privé - Dubreuilville (Ontario) - demeurée une colonie fermée de migrants du Québec jusqu’aux années 1980. Cette conférence portera sur l’histoire sociale et culturelle des dizaines de familles qui ont participé à l’expérience dubreuilvilloise, de la décennie 1940 à nos jours.

Après un demi-siècle de «restauration» du patrimoine bâti de Place Royale, nous devons composer avec un nouveau cycle de travaux d’entretien. Une question fondamentale se pose et elle réfère à l’esprit qui devrait conduire ces travaux d’entretien: faut-il mettre en valeur ce qui a jadis été conçu comme un «monument» à la Révolution tranquille, ou bien faut-il reprendre la perspective d’un quartier historique à habiter? Pour apporter quelques éléments de réponse, cette présentation abordera la place de l’histoire de la formation et de la transformation des lieux. Celle-ci interroge la mémoire que le projet des années 1970 impose et met au jour les contradictions entre le désir de « patrimonialisation » du ministère de la Culture et des Communications et celui de mise en valeur de la SODEC et du milieu.

Entre règlement de comptes et règlement du passé, l’après 1945 est marqué dans toute l’Europe par une véritable « soif de justice », à l’égard des anciens ennemis et de leurs collaborateurs. Malgré des dissemblances relatives à la nature et à la durée des régimes d’oppression ou d’occupation durant le conflit, mais aussi à des modalités de sortie de guerre à géométrie variable, l’Europe témoigne bien ici d’une certaine communauté de destin. C’est précisément cette expérience partagée à défaut d’être totalement commune qui fonde notre analyse sur la base d’une historiographie, à la fois dense au niveau national et lacunaire à l’échelle transnationale. Dès lors, écrire une histoire européenne de ce «moment 1945» est-il possible? Répondant par l’affirmative, notre ambition sera de montrer les perspectives ouvertes par une histoire croisée, connectée ou transnationale des épurations européennes au sortir de la Seconde Guerre mondiale.

En 1965 paraît le rapport préliminaire de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (mieux connue sous le nom de commission Laurendeau-Dunton). Le constat tombe et il a l’effet d’une bombe: le Canada traverserait l’une des pires crises de son histoire et cette crise trouverait sa source dans le Québec. Traduisant la vive inquiétude dans les milieux intellectuels et politiques quant à l’avenir du pays, le rapport préliminaire s’inscrit dans un contexte particulier où se multiplient les discussions sur la Constitution, sur le fédéralisme et sur les relations entre le Québec et le Canada. Cette présentation s’intéresse au climat intellectuel de cette époque et aux multiples possibilités explorées pour panser le Canada en crise. Du statut particulier pour le Québec, en passant par la séparation ou la réécriture d’une nouvelle constitution, toutes les options étaient alors sur la table. En replongeant dans les documents de l’époque et en analysant les stratégies proposées, on se rend compte que les actrices et acteurs du débat ont l’impression de vivre un rendez-vous avec l’histoire.

Alors que l’image d’un conflit des nationalités lors de la Rébellion est largement présente dans la mémoire collective, certains pans de la réflexion des patriotes restent inexpliqués. Pourquoi la Déclaration d’indépendance de 1838 vise-t-elle à établir une république qui se servira «des langues françaises et anglaises dans toutes matières publiques»? Comment comprendre leurs allusions à une république des deux Canadas et à une annexion aux États-Unis ? Pour tenter d’interpréter cette activité intellectuelle débridée, ce qui est le propre de tout moment révolutionnaire, nous mettrons la lumière sur une dimension inexplorée par les historien(ne)s : l’utopie de ce qu’ils nommaient «l’amalgame» des nationalités, qui ne peut se comprendre qu’en l’associant à l’idée du droit naturel à conserver sa culture. Si cette logique confirme la volonté des patriotes de préserver l’héritage français, elle signifie également que la nation dont ils rêvaient aurait tenté d’établir une coexistence pacifique des nationalités.

Les gènes que nous portons contribuent à modeler nos caractères (morphologie, physiologie, etc.), notre adaptation à l’environnement et notre santé. Mais qu’est-ce qui explique que certaines variantes génétiques soient plus fréquentes que d’autres dans la population d’aujourd’hui ? Pour aborder cette question avec le recul historique qui s’impose, les grands registres, comme le Registre de population du Québec ancien, le fichier BALSAC et, prochainement, l’Infrastructure intégrée des microdonnées historiques de la population québécoise, constituent des outils incontournables En utilisant des exemples puisés dans nos recherches, je montrerai comment le jumelage de ces données généalogiques avec l’information génétique, mesurée sur des individus vivant aujourd’hui, permet d’étudier l’évolution biologique «en temps réel», de comprendre le rôle de la génétique dans la démographie, et de mesurer à grande échelle la fréquence de mutations impliquées dans les maladies génétiques. La connaissance fournie par ce mariage entre généalogie et génétique permet aussi des incursions dans le domaine de la criminalistique, entre autres pour déterminer la rareté de profils d’ADN retrouvés sur des scènes de crime, en soutien aux enquêtes.

Personne ne peut contester la richesse des résultats de la recherche en histoire sociale du monde rural laurentien des dernières décennies. On est ainsi passé d’une masse homogène et statique de paysans camouflée sous le vocable commode d’«habitants» à une paysannerie où l’hétérogénéité et les différenciations socio-économiques apparaissent désormais incontournables. En témoignent notamment les analyses portant sur la reproduction familiale et sur la notabilité rurale.
C’est justement à la faveur d’une enquête sur la promotion sociale dans la paysannerie de la Côte-du-Sud à l’époque pionnière (1670-1730) que nous est apparue la nécessité d’approfondir davantage notre perception et notre compréhension du tissu social prévalant dans les campagnes d’alors. L’objectif de cette communication vise à mettre en valeur une autre fibre composant ce tissu social, une fibre relevant non pas de la sphère socio-économique mais du milieu socio-communautaire. Il s’agit de ce que l’on pourrait appeler la notoriété soit le fait d’être connu.
La communication proposée entend définir de manière plus spécifique cette notion par rapport à la société rurale préindustrielle et notamment ses aspects conceptuels et méthodologiques. Les contours concrets de la notoriété suivront en insistant sur les réalités diverses qu’elle peut recouvrir. Ainsi, la notoriété se traduit sur un large spectre allant de ce qui peut mener à la notabilité et en découler par la suite, en passant par une kyrielle de circonstances et de situations personnelles et familiales, voire d’anecdotes ou de faits divers, qui font en sorte qu’à peu près personne dans la communauté rurale n’est véritablement anonyme.

Des salafistes radicaux estiment que le monde est tombé dans la décadence et qu’il importe de susciter l’avènement d’un monde nouveau, où l’islam orthodoxe, celui du temps des Califes, est censé retrouver toute sa place. À côté de ces réformateurs purs et durs, des modérés proposent une réforme moderniste de l’islam, un islam ouvert à la modernité et aux mutations à l’œuvre dans le monde. Tous ces courants traversent encore l’islam aujourd’hui, bien que les radicaux soient les plus médiatisés, notamment en raison de leurs actions terroristes. Cette conférence mettra donc en lumière les différents courants qui cohabitent actuellement au sein de l’islam, à partir du contexte subsaharien, notamment le bassin du Lac Tchad.

Le 19e siècle correspond à une période de grands changements pour les Autochtones du Moyen-Nord. En quelques décennies seulement, de nouvelles institutions comme le catholicisme, les réserves et la Loi sur les Indiens ont été appliquées à ces groupes de chasseurs, alors que s’effectuaient une colonisation euro-canadienne et un développement de la foresterie sur leur territoire. Cette présentation examine la réponse des Autochtones, en prenant l’exemple des Algonquins des lacs Abitibi et Témiscamingue. En se concentrant sur l’organisation sociale, elle montre comment les Algonquins ont utilisé et intégré ces institutions pour des raisons qui leur sont propres, révélant une dynamique insoupçonnée.

Une lecture culturelle de la période insurrectionnelle bas-canadienne à travers le prisme des correspondances féminines n’aspire pas à faire surgir des femmes prenant part aux manœuvres militaires, mais plutôt à dévoiler des formes d’engagement social et politique, et surtout, à faire valoir les stratégies et les processus par lesquels ces formes d’engagement deviennent possibles. Bien que les femmes soient confinées à la sphère domestique pendant la décennie 1830, peut-on penser que le rôle qu’elles jouent dans les événements s’inscrit à l’intérieur de ce cadre, par une politisation progressive de leurs activités domestiques et culturelles, par exemple? Pour comprendre l’apport des Bas-Canadiennes aux Rébellions de 1837-1838 et, plus largement, au mouvement d’éveil des nationalités, c’est de ce côté, plutôt que de celui des voies officielles de l’exercice du pouvoir qu’il faut investiguer.

Sujet encore d’actualité(s) en France, le port du voile fut imposé aux femmes dans de nombreuses cultures, et notamment en terres chrétiennes, au nom d’une hiérarchie des sexes fondée sur les textes sacrés.
Emblème identificatoire (sexuel, social, statutaire, religieux et/ou politique), il peut aussi être ou avoir été, dans certains cas, une forme de résistance, un moyen de séduction et une affirmation de liberté. On examinera, grâce à de nombreuses images, les différentes variantes, dans le temps et dans l’espace, du voile féminin et les interprétations contradictoires qu’en ont données les Occidentaux.

L’étude de la religion chez les jeunes combine deux défis des plus stimulants. D’une part, nous devons faire face à la mouvance des frontières du champ du religieux sous l’effet d’interprétations contrastées de la situation contemporaine: disparition de la religion ou retour? Hypersécularisation ou désécularisation? Exculturation ou reconnexion avec la culture de la consommation ? Dérégulation du religieux ou recomposition?
Quant à la jeunesse, la définition de cette période dite de transition pose aussi question: où mène ce passage dès lors que l’attrait de la nouveauté et l’idéal de rajeunissement semblent avoir détrôné l’intérêt pour la maturité et la sagesse? Qu’est-ce qu’être jeune, adulte ou vieux dans une société où l’horizon de la vie se transforme et dans une culture qui cherche à faire disparaitre la mort?
S’attaquer à ces défis permet d’explorer la fécondité de ce champ d’étude non seulement pour la compréhension de la «jeunesse-vécue», mais, plus globalement, du religieux et de la société contemporaine.

La forêt constitue un élément incontournable de l’identité québécoise. Les formes qu’a prises cette identité ont toutefois varié au fil du temps, laissant ses contours imprécis. Afin de mieux saisir l’inscription de la forêt comme référent collectif, nous avons étudié les représentations scientifiques, économiques et culturelles de la forêt dans les documents administratifs, les œuvres littéraires et la presse écrite. L’étude de ces sources a permis de sonder les discours à travers lesquels s’est manifesté durant la première moitié du XXe siècle le caractère collectif et multidimensionnel de l’appropriation symbolique de la forêt. La finesse des liens qui se tissent entre ces différents discours laisse même entrevoir l’amorce d’une identité politique ancrée dans la matérialité du territoire forestier.

Établies dans la vallée du Saint-Laurent à partir de la seconde moitié du XVIIe siècle, les communautés autochtones voient leur rapport au territoire se transformer en raison de leur intégration dans le monde rural laurentien. Les nouveaux enjeux locaux de pouvoir liés aux terres permettent d’observer l’exercice concret du pouvoir des chefs de Kahnawake et d’Odanak entre 1760 et 1860. Nous aborderons la légitimité que les membres de ces communautés accordent aux décisions de leurs chefs, la manière dont ces derniers tentent de maîtriser les contestations intracommunautaires auxquelles ils sont exposés ainsi que les facteurs externes venant fragiliser l’autonomie des chefs.

De 1843 à 2017, la création de corporations professionnelles, comme le Collège des médecins ou l’Ordre des agronomes, ponctue la transformation de nos sociétés en «sociétés d’experts». Par cette voie, des corps de métier conquièrent des positions dominantes sur un large spectre d’activités, allant de la santé à l’économie et touchant la vie des individus comme celle des organisations. Les enjeux sont importants. Mais comment aborder une histoire aussi vaste ? Trois exemples concrets, concernant la santé, l’éducation et l’industrie, montreront comment l’étude des corporations professionnelles ouvre la porte à une multitude de projets sur l’histoire sociale et politique de l’expertise au Québec.

L’archivistique, traditionnellement envisagée en regard du contexte de création des documents, se renouvelle depuis quelques années sous le coup de l’étude de l’exploitation des archives et de leur présence dans l’espace social. Si les pratiques des archivistes ont une incidence évidente sur le devenir des archives, les différents usages des fonds et des documents marquent les archives elles-mêmes et la perception qu’on peut en avoir. Cependant, de ce rapport entre geste archivistique et archives, nous ne savons encore que trop peu de choses. Les archivistes ne se questionnent que peu sur ce que sont les archives pour eux. Le projet de recherche présenté dans cette communication permettra donc de révéler ce que sont les archives pour les archivistes par l’étude des pratiques de diffusion envisagées comme forme d’exploitation des archives.

Établies dans la vallée du Saint-Laurent à partir de la seconde moitié du XVIIe siècle, les communautés autochtones voient leur rapport au territoire se transformer en raison de leur intégration dans le monde rural laurentien. Les nouveaux enjeux locaux de pouvoir liés aux terres permettent d’observer l’exercice concret du pouvoir des chefs de Kahnawake et d’Odanak entre 1760 et 1860. Nous aborderons la légitimité que les membres de ces communautés accordent aux décisions de leurs chefs, la manière dont ces derniers tentent de maîtriser les contestations intracommunautaires auxquelles ils sont exposés ainsi que les facteurs externes venant fragiliser l’autonomie des chefs.

Le 18 mai 2012, après une longue nuit de débats parlementaires, les députés réunis en séance extraordinaire ont adopté le projet de loi 78 – devenu la loi 12 – pour mettre fin à la plus importante grève étudiante de l’histoire québécoise. Critiquée par le Barreau du Québec, cette loi suspendait arbitrairement certaines règles de droit afin de «préserver la paix, l’ordre et la sécurité publique». Ce n’était pas la première loi spéciale de l’histoire québécoise. En fait, depuis 1964, soit l’année d’une réforme de la législation du travail qui devait renforcer le droit de grève, 39 projets de loi spéciale ont été adoptés au Québec pour suspendre les règles de droit et ordonner la fin d’une grève, généralement «légale», sous peine de sanctions très sévères. D’une initiative exceptionnelle, hautement contestée dans les années 1960, la loi spéciale est devenue un dispositif quasi permanent de gestion de la contestation sociale depuis les années 1980. Cette conférence analysera donc cette histoire de la législation d’exception qui est un élément essentiel pour comprendre l’histoire politique du Québec récent.
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